La Fondation Croix-Rouge française conduit depuis 2020 et avec le soutien de la Croix-Rouge française le programme « Bénévo’Lab », qui propose à tous les bénévoles et salariés de la Croix-Rouge française de bénéficier d’un soutien technique et scientifique pour répondre à des questions ou difficultés opérationnelles rencontrées lors des missions Croix-Rouge. Chacun dans l’action n’a pas toujours le temps ou le recul nécessaire pour mener seul une réflexion sur son action, les problèmes qu’il rencontre. C’est pourquoi la Fondation Croix-Rouge propose d’associer, pendant une année, un spécialiste universitaire expert de la question soulevée, en lien constant et direct avec le bénévole ou salarié et ses missions.
Au terme de l’appel à propositions lancé cette année auprès de tous les bénévoles et salariés de la Croix-Rouge française, un projet proposé par un salarié et portant sur le thème des conditions d’intervention commune entre bénévoles et salarié(e)s a été retenu. Le présent appel est donc tiré de la proposition initiale de ce salarié, et de sa participation active à sa rédaction aux côtés de la Fondation. Celui-ci attribuera 1 bourse de recherche à un ou une docteur(e) en sciences humaines et sociales afin de mener une recherche-action durant 15 mois.
Thématique de recherche
Contexte
Historiquement, le milieu associatif est d’abord le lieu de l’engagement bénévole. Ce n’est qu’après un certain temps d’existence, de formalisation, voire d’institutionnalisation des organisations, que le salariat y apparaît, sans supprimer la présence bénévole. Ainsi, les associations sont les seules structures à accueillir en leur sein des personnes bénévoles et salariées. Aussi, gérer les modalités de leur collaboration est pour elles un enjeu important, en particulier dans les associations sociales et médicosociales, qui évoluent dans un contexte professionnel réglementé ou du moins autorisé par les pouvoirs publics, qui oblige un encadrement salarié et qualifié. Nombre d’associations structurent ainsi leur fonctionnement en adaptant les pratiques de management en fonction du statut des acteurs. Néanmoins, ce cloisonnement rend plus délicate la coopération entre eux et partant, détériore la performance des associations.
« Depuis près d’un demi-siècle, cet improbable couple ne cesse en fait de perdurer, en dépit des transformations de l’un et l’autre et des ruptures successives annoncées » : c’est ainsi que Jacques Ion présente son histoire des relations entre bénévolat et salariat dans le travail social. « Bien qu’immuable, ce duo irréductible constitue une sorte de famille très unie, mais perpétuellement en guerre de légitimité. » En effet, bien que complémentaires, les relations entre les bénévoles et les salariés ne sont pas sereines dans toutes les situations. De nombreuses recherches ont ainsi examiné la coexistence du salariat et du bénévolat dans les associations, la division du travail, la définition des fonctions qui s’établissent entre eux, et ce que traduisent les brouillages de frontières et les décalages dans les attentes vis-à-vis des uns et des autres. Au cœur de situations paradoxales, bénévoles et salariés n’ont pas toujours une perception appropriée des rôles, motivations, intérêts de chacun, ce qui peut nourrir des craintes, jalousies, tensions et conflits.
Au regard des reconfigurations de l’intervention auprès des publics les plus vulnérables, de la professionnalisation des bénévoles et de la place grandissante du salariat au sein des associations, ces travaux sur les modalités de collaboration entre bénévoles et salariés au sein des associations témoignent des conséquences des bouleversements à l’œuvre dans ces organisations. Mais ils témoignent aussi de la manière dont les difficultés de cohabitation et de partenariat entre bénévoles et salariés peuvent être surmontées. En effet, « si la fonction [bénévole] est parfois stigmatisée ou critiquée, elle est approuvée quand le projet commun est fort. L’objectif partagé gomme alors l’hétérogénéité des statuts. » Autrement dit, « seul un objectif commun et un même combat peuvent fédérer les énergies et rapprocher les bénévoles et les professionnels salariés », avec le rôle fondamental de « tiers médiateur » de l’usager. C’est précisément la raison d’être des « comités de proximité » de la Croix-Rouge française.
Les « comités de proximité » de la Croix-Rouge française
La Croix-Rouge française compte près de 80 000 bénévoles et 17 000 salariés. Toutes et tous sont les acteurs du projet associatif, qui agissent pour protéger et relever, sans condition, les personnes en situation de vulnérabilité et construire, avec elles, leur résilience. Porteurs d’un même emblème protecteur, bénévoles et salariés se mobilisent au quotidien pour répondre à cette raison d’être, et via une diversité de programmes et de métiers.
La Croix-Rouge française est organisée en deux réseaux d’activités distincts : les activités bénévoles et les établissements sanitaires, sociaux, médico-sociaux et de formation. Les activités en établissements sont déployées régionalement en filières métiers, les activités bénévoles au sein des délégations territoriales, des unités et des antennes locales. En conséquence, la Croix-Rouge française dispose de talents et de compétences qui se côtoient mais se connaissent peu. Or, les activités conjointes que bénévoles et salariés peuvent mener ensemble font la richesse et la singularité de l’accompagnement Croix-Rouge. C’est ainsi que l’association entend former une communauté d’action, dont les « comités de proximité » sont une expression.
Institués en 2022, les comités de proximité ont pour but de mobiliser localement les structures bénévoles et les établissements au sein d’espaces d’échanges, de rencontres et d’actions, pour contribuer à renforcer la proximité dans et entre les deux réseaux et faire vivre ensemble le projet associatif de la Croix-Rouge française. Concrètement, ces comités associent des bénévoles, des salariés, mais aussi des personnes accompagnées et des partenaires locaux, pour deux missions principales : d’abord se rencontrer et échanger sur les activités de chacun, les publics accueillis, les partenaires, de nouveaux besoins, et ensuite mener ensemble des projets et actions d’intérêt et d’utilité partagés par chaque structure membre du comité de proximité.
Si ces comités constituent un mouvement récent, ils viennent encadrer, valoriser et renforcer un « faire-ensemble » qui a déjà fait ses preuves dans de nombreux territoires (12 régions et plusieurs territoires ultramarins à ce jour). Lieux de rencontre, de dialogue et d’innovation sociale, les comités de proximité ont en effet permis la mise en œuvre d’une grande diversité d’actions locales qui bénéficient de la complémentarité des missions bénévoles et salariées.
Objectif de l’appel
Si le phénomène du bénévolat est bien renseigné dans la littérature scientifique, il existe peu de travaux sur les modèles de collaboration entre bénévoles et salariés. Pourtant, cette problématique est centrale dans le secteur associatif, qui ne peut se passer du recours conjoint au bénévolat et au salariat qualifié. Cet appel a donc pour objectif de soutenir une recherche scientifique sur la dynamique impulsée au sein de la Croix-Rouge française depuis la mise en œuvre des comités de proximité, afin de contribuer à l’analyse des dynamiques relationnelles entre les salariés et les bénévoles dans le secteur associatif.
La recherche prendra comme cas d’étude le « Pôle Solidarités Bretagne » de la Croix-Rouge française qui, dans le cadre du « comité de proximité », a permis de créer des synergies et de mobiliser des bénévoles et salariés pour mettre en œuvre des actions concertées pour l’accompagnement quotidien de publics précaires, ainsi que des événements fédérateurs co-construits par les professionnels et les bénévoles avec les personnes accompagnées.
Les résultats permettront de mettre en lumière des expériences d’activités mixtes salarié(e)s/bénévoles au sein de l’association, et d’identifier les difficultés, les conditions du succès et de la systématisation de telles initiatives. Ainsi, ils contribueront à mieux faire connaitre les modalités de co-construction de pratiques d’intervention communes et complémentaires bénévoles/salarié(e)s et leurs effets. En ce sens, ils participeront à déconstruire des préjugés et à développer une culture commune d’intervention avec un partage d’expertise et de compétences, dans une association où ces deux populations agissent souvent en silo.
Zones géographiques de recherche
La recherche aura lieu en Bretagne.
© Crédit photo : Istock

Je candidate
Bourse de recherche (individuelle)
Nombre de bourses : 1
Montant : 18 000 €
Chaque lauréat bénéficiera en outre de :
- la possibilité de solliciter une participation aux frais d’assurance liés au terrain (pour un montant maximum de 500 euros).
- suivi scientifique et tutorat personnalisés
- accompagnement dans la valorisation des résultats de la recherche (traduction en anglais, publications sur ce site, soutien pour publier dans des revues d’excellence et notamment dans la revue Alternatives humanitaires, participation aux Rencontres de la Fondation)
- abonnement d’un an à la revue Alternatives humanitaires
Dates clés :
- 24 mars 2026 : lancement de l’appel
- 3 mai 2026 : clôture des candidatures à minuit (heure de Paris)
- 2 juillet 2026 : annonce des résultats
- 1er septembre 2026 : début de la recherche
- 1er décembre 2027 : rendu des livrables finaux
Mots-clés :
- Bénévolat
- Association
- Participation
- Collaboration
Financé par :