Le projet de recherche

La relocalisation de l’action humanitaire dans la Syrie en transition

Cette recherche étudie le processus de relocalisation des organisations humanitaires syriennes de la diaspora vers la Syrie en transition et, plus largement, les transformations actuelles du champ humanitaire en Syrie.

 

Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique

Depuis le début du conflit en 2011, la Syrie est devenue l’un des terrains les plus emblématiques de l’aide humanitaire internationale. La guerre a provoqué une crise humanitaire de grande ampleur : déplacements massifs de populations, effondrement des infrastructures de base, fragmentation de l’État, etc. Face à cela, les acteurs internationaux ont déployé une aide humanitaire massive. Toutefois, ce sont surtout les acteurs locaux, depuis l’intérieur et l’extérieur du pays, qui ont pris en charge cette aide en s’auto-organisant. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, les organisations humanitaires syriennes installées dans les pays voisins peuvent rentrer et déployer leurs activités de façon officielle à l’intérieur du pays, où la situation humanitaire demeure désastreuse. Nous observons donc une forme de relocalisation d’organisations fondées en exil, qui doivent composer avec une situation politique toujours très complexe, en coordination avec les organisations internationales.

J’entends poser la question de la localisation de l’aide à partir d’un point de vue original : celui de la relocalisation après un processus d’internationalisation en diaspora. Je cherche ainsi à comprendre comment les acteurs et organisations humanitaires qui rentrent en Syrie y réinvestissent les ressources et compétences acquises à l’extérieur et ce que ce retour produit sur le champ humanitaire local. Quelles sont leurs relations avec les organisations restées en Syrie, le nouveau pouvoir et les organisations internationales ? Il s’agit d’analyser ensemble les processus de transition politique et de transformation de l’action humanitaire.

Je cherche à comprendre les spécificités de cette localisation de l’action humanitaire, relocalisation d’organisations agissant auparavant à, et depuis, l’extérieur de la Syrie. J’interroge donc la dimension transnationale de l’action humanitaire à partir d’un cas singulier de délocalisation/relocalisation.

 

Terrain de recherche et de la méthode d’investigation

Mon terrain de recherche se déploie auprès d’organisations qui étaient jusqu’à présent essentiellement actives depuis l’extérieur de la Syrie et qui, depuis la chute du régime, redéploient ou développent leurs activités à l’intérieur. Il se situera donc à la fois dans des pays voisins, comme le Liban, et à l’intérieur de la Syrie. Je réaliserai une enquête ethnographique par observations et entretiens au sein de ces organisations, ainsi qu’avec les responsables politiques locaux et les responsables d’ONG et organisations internationales. Bien qu’il soit enfin possible de mener des recherches dans toutes les régions de Syrie, la situation politique et sécuritaire y demeure très sensible. Je veillerai donc à mener à bien mon enquête sans mettre mes interlocuteurs ni moi-même en danger. Si ce terrain syrien s’avère trop dangereux, je poursuivrai l’enquête depuis les pays limitrophes et via les technologies de communication.

 

Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux

Cette recherche vise à éclairer le processus de localisation au cœur des réformes actuelles du système humanitaire. Dans un contexte de transition encore incertaine, elle entend offrir des repères concrets aux acteurs engagés sur le terrain. Ses résultats permettront de mettre en lumière les défis spécifiques rencontrés par les organisations syriennes. En documentant leurs expériences et les contraintes structurelles auxquelles elles font face, elle permettra de promouvoir leur rôle dans la gouvernance de l’aide. En apportant un regard empirique sur les tensions entre normes internationales et dynamiques locales, elle nourrit les débats sur les modalités d’une aide plus juste. Elle pourra ainsi servir de base à des recherches comparatives avec d’autres pays.

Cette recherche se situe à l’intersection de plusieurs champs d’étude – études sur l’humanitaire, les migrations, sociologie des organisations, relations internationales – et propose d’enrichir la réflexion sur les dynamiques de pouvoir et de transformation des pratiques humanitaires dans les contextes transition politique. La question spécifique de la localisation de l’aide demeure relativement marginale dans la littérature scientifique. Si plusieurs travaux ont documenté le déploiement de l’aide internationale en Syrie, rares sont ceux qui interrogent les rapports de pouvoir entre acteurs internationaux, locaux et de la diaspora dans une perspective critique. Cette recherche porte, enfin, une attention particulière aux continuités et ruptures dans les pratiques humanitaires.

 

Biographie

Léo Fourn consacre depuis une dizaine d’années ses recherches à l’étude des relations entre migration et mobilisation, à partir du cas de la crise syrienne. Sa thèse de doctorat en sociologie a ainsi porté sur les influences réciproques de l’exil et de l’engagement sur les parcours biographiques de Syriens réfugiés au Liban et en France. Il a prolongé ces recherches en s’intéressant à d’autres formes de mobilisations transnationales pour la Syrie, notamment par la production du savoir. Dans le cadre de son postdoctorat au sein du projet ERC LIVE-AR, il a étendu ses recherches à des militants exilés provenant d’autres pays arabes (Maroc, Tunisie, Égypte, Syrie).

 

Crédit photo : Ahmed Akacha (Pexels)