Soutenir une exploration des ressources face à l’éco-anxiété et à l’urgence écologique chez les jeunes volontaires de la Croix-Rouge française
Cette recherche-action vise à explorer les préoccupations écologiques chez les jeunes volontaires de la Croix-Rouge française, dans leurs liens et leurs tensions avec les activités de l’organisation, à travers la mise en place et la diffusion de Cafés Climat, une méthode de partage en groupe des ressentis liés à la crise écologique.
Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique
L’avancée de la crise écologique interroge les différents domaines d’action de la Croix-Rouge française. Dans le domaine de l’action sociale, le Livre Blanc du Travail Social (2023) analyse la place du travail social dans la transition écologique, mettant en avant en quoi les inégalités environnementales redoublent les inégalités sociales (les plus vulnérables socialement sont aussi les plus exposés aux pollutions et aux effets du changement climatique, tout en étant globalement les moins contributeurs), soulignant le rôle central des organisations du secteur social dans la réaction à des crises et des catastrophes naturelles, et alertant sur le caractère encore très émergent des démarches de décarbonation dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Au sein de la Croix-Rouge française, les préoccupations écologiques font leur chemin en particulier au travers des jeunes. En 2024, la Masterclass Gouvernance et Engagement (MaGE), composée de jeunes de 4 organisations dont la Croix-Rouge, a mené un travail collectif autour de l’éco-anxiété. La consultation nationale menée en interne en 2023 auprès de 1500 jeunes de moins de 30 ans fait apparaître que le changement climatique apparaît comme la première cause d’inquiétude, devant d’autres sujets qui relèvent davantage de l’action de la Croix-Rouge.
La recherche vise à comprendre ce qui permet de passer d’inquiétudes gardées par-devers soi, à une élaboration partagée davantage susceptible d’entraîner des dynamiques collectives, et à identifier plus précisément quels sont les facteurs d’empêchement, au niveau individuel, groupal ou organisationnel. Quelles sont les préoccupations et les ressentis des jeunes de la Croix-Rouge concernant les questions environnementales ? Alors que « l’éco-anxiété » émerge comme un nouvel objet social, comment ces ressentis circulent-ils au sein de l’organisation ? Quelles sont les résonances et les tensions entre les questions écologiques et les objets, activités, missions, culture de la Croix-Rouge ? Quelles sont les conditions pour faire émerger une parole et une écoute qui nourrisse le pouvoir d’agir et la transformation collective ?
Dans quelle mesure l’éco-anxiété, en tant que construction sociale et en tant que phénomène psychique, permet-elle de faire des liens entre les champs d’action de la CRf et les préoccupations écologiques pour les jeunes volontaires de cette organisation ?
Terrain de recherche et de la méthode d’investigation
Le terrain de recherche est constitué par les jeunes volontaires de la Croix-Rouge française (bénévoles et salariés de moins de 30 ans), ainsi que par les personnes qui portent et accompagnent les dynamiques jeunesse et environnement au sein de l’organisation. L’investigation combine deux dispositifs :
- Un dispositif de groupe suivant la méthode des Cafés Climat, tels qu’élaborée par la Climate Psychology Alliance : il s’agit d’un dispositif de partage en petit groupe sur les ressentis liés à la crise écologique, dans un cadre confidentiel, convivial et co-animé par deux personnes. Dans le cadre du projet SUREAU, plusieurs Cafés Climat sont organisés avec des jeunes volontaires, puis une formation à l’animation est proposée aux participant·es intéressés, dans l’idée de co-animer des Cafés Climat auprès des publics de la Croix-Rouge.
- Des entretiens avec les participant·es des cafés climat, avec des jeunes ayant réalisé un travail interassociatif sur l’éco-anxiété dans le cadre de la Masterclass Gouvernance et Engagement 2023-2024, et avec des salariés portant les dynamiques jeunesse et environnement.
La méthode suit une démarche de recherche-action, dans laquelle le dispositif de recherche vise à soutenir une dynamique de transformation, en co-construction avec les acteurs, la recherche portant à la fois sur les contenus des entretiens et des groupes, et sur l’analyse du processus.
Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux
Cette recherche-action souhaite contribuer à la circulation des préoccupations écologiques au sein de la Croix-Rouge française, et à la réflexion sur les modalités qui permettent d’en faire un traitement constructif, c’est-à-dire qui nourrissent les capacités d’action, de création et de collaboration des acteurs. L’entrée par « l’éco-anxiété » vise non pas à limiter l’objet, mais spécifie une écoute attentive à la subjectivité, au vécu de tensions et au poids psychique associé à l’objet dont il est question – la crise écologique en cours. A travers l’expérimentation d’un dispositif, les Cafés Climat, il s’agit également de proposer un outil méthodologique susceptible d’être approprié par les acteurs, tout en s’interrogeant sur ses limites et sur ses possibles adaptations dans le contexte spécifique de la Croix-Rouge.
Les cinq dernières années ont vu une multiplication des travaux sur les souffrances psychiques liées à la crise écologique (qui intègrent à divers degrés les dimensions sociologiques et politiques), ainsi qu’un grand nombre de travaux sur les liens et les tensions entre enjeux écologiques et travail social. L’originalité de cette recherche est de croiser ces deux champs, en explorant les manifestations subjectives du souci écologique chez les jeunes volontaires de la Croix-Rouge française en lien avec leur engagement et leurs activités au sein de l’organisation, qui portent souvent principalement sur d’autres objets que l’écologie. Il s’agit également d’expérimenter un dispositif de groupe, et d’explorer ses effets en terme de pouvoir d’agir et de transformation organisationnelle, en lien avec les recherches actuelles dans le champ de la psychosociologie clinique.
Biographie
Jean Le Goff est psychosociologue clinicien, attaché au Centre ESTA et docteur en sociologie de l’Université Paris-Cité. Il intervient dans les secteurs de l’écologie et du social pour accompagner les professionnels dans des situations de travail, aider à penser l’activité et les crises, soutenir les capacités d’action et de coopération. Ses travaux de recherche portent sur l’engagement écologiste, sur le vécu subjectif des dégradations environnementales et sur les dynamiques à l’oeuvre dans les organisations qui intègrent ces enjeux à leurs actions. Il est l’auteur de Politiser l’éco-anxiété (Editions du Détour, 2025)
Crédit photo : Jean Le Goff et Croix-Rouge française