Effets des températures extrêmes sur la santé maternelle et infantile au Sénégal et au Bangladesh
Comprendre, par une approche réaliste, comment les femmes et enfants vulnérables s’adaptent aux températures extrêmes et évaluer les interventions communautaires visant à réduire leurs impacts sanitaires au Sénégal et au Bangladesh.
Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique
Dans un contexte mondial de réchauffement climatique, les températures extrêmes (TE) représentent une menace croissante pour la santé humaine, particulièrement dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Les femmes enceintes, les mères allaitantes et les jeunes enfants sont parmi les plus vulnérables, exposés à des risques accrus de complications obstétricales, de mal-être psychique et de mortalité néonatale. Ces impacts sont aggravés par des systèmes de santé fragiles et des inégalités sociales persistantes, qui limitent l’accès aux soins. Malgré l’ampleur du problème, les recherches sur les effets combinés des TE sur la santé physique et mentale des mères et enfants dans les pays du Sud restent rares. Les enjeux sont pourtant cruciaux : comprendre ces vulnérabilités et renforcer les capacités d’adaptation locales liées aux pratiques d’allaitement est indispensable pour préserver les acquis en santé maternelle et infantile et imaginer des réponses équitables face aux crises climatiques.
Cette recherche vise à comprendre comment les femmes enceintes ou allaitantes et leurs jeunes enfants s’adaptent aux TE (notamment en termes de pratiques d’allaitement et de santé mentale) et à évaluer les interventions communautaires conçues pour atténuer leurs effets. En mobilisant l’évaluation réaliste, elle analysera les mécanismes psychosociaux, sociaux et structurels qui influencent ces adaptations, ainsi que les conditions contextuelles qui les facilitent ou les freinent. L’objectif est double : éclairer la diversité des trajectoires d’adaptation et identifier les interventions les plus pertinentes pour réduire les inégalités d’exposition et de vulnérabilité, afin d’apporter des solutions socialement justes et transférables à d’autres contextes.
Quels mécanismes psychosociaux, sociaux et structurels expliquent les comportements d’adaptation des femmes enceintes ou allaitantes face aux températures extrêmes ? Dans quelles conditions les interventions renforcent elles ou transforment elles ces mécanismes ?
Terrain de recherche et de la méthode d’investigation
Le projet se déroule dans deux régions particulièrement exposées aux TE : le district de Satkhira au Bangladesh et la région de Matam au Sénégal. Ces zones, marquées par des indicateurs de santé maternelle et infantile préoccupants et des ressources sanitaires limitées, concentrent des populations vulnérables aux effets du climat. La recherche s’intéresse aux femmes enceintes, aux mères allaitantes, à leur entourage proche et aux professionnels de santé locaux. Elle mobilise l’évaluation réaliste, une approche adaptée aux interventions complexes, qui cherche à comprendre comment et pourquoi celles-ci produisent des effets différenciés selon les contextes. L’investigation repose principalement sur des entretiens qualitatifs, menés avant et pendant la mise en œuvre d’interventions communautaires co-construites, et sur l’analyse de configurations contexte-mécanisme-effet.
Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux
Les résultats fourniront aux acteurs sociaux, humanitaires et sanitaires des outils pour concevoir et ajuster des interventions adaptées aux réalités locales. En identifiant les leviers et freins aux comportements d’adaptation efficaces, cette recherche aidera à anticiper les effets différenciés selon les groupes sociaux et à cibler plus efficacement les plus vulnérables. Les enseignements produits permettront de renforcer la pertinence, l’équité et l’efficacité des interventions face aux TE.
Cette recherche comble une double lacune scientifique. D’une part, elle documente les effets des TE sur la santé maternelle et infantile dans des pays du Sud, alors que la majorité des données existantes proviennent de pays à revenu élevé. D’autre part, elle mobilise l’évaluation réaliste, encore peu utilisée en santé climatique, pour éclairer les mécanismes qui conditionnent l’efficacité des interventions. Par cette approche, elle propose une lecture explicative et contextualisée des trajectoires d’adaptation, renforçant la transférabilité des connaissances. Elle apportera ainsi une contribution originale à la recherche sur les liens entre climat, santé et équité.
Biographie
Sarah Louart a récemment soutenu un doctorat en sciences économiques à l’Université de Lille. Ses recherches portent principalement sur l’innovation en santé dans les pays à faible et moyen revenu, en particulier les innovations diagnostiques, avec une attention portée aux conditions d’adoption, d’acceptabilité et de mise en œuvre. Elle s’intéresse également à l’accès aux soins pour les populations vulnérables, à travers des travaux sur la navigation en santé et l’analyse des barrières rencontrées tout au long des parcours de soins. Elle mobilise principalement des méthodes qualitatives et mixtes, ainsi que des approches telles que l’évaluation réaliste pour analyser les dynamiques sociales, institutionnelles et organisationnelles des systèmes de santé.
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