Les bénévoles en contexte épidémique : représentations et dynamiques autour de cet acteur essentiel de la riposte au Covid-19

Candidatures closes

Thématique de recherche

Le 31 décembre 2019, le bureau de l’OMS en Chine a été informé que des cas de pneumonie de cause inconnue avaient été détectés dans la ville de Wuhan, dans la province chinoise du Hubei. Les autorités chinoises ont identifié qu’il s’agissait d’un type de coronavirus inconnu (COVID-19). Depuis l’épidémie, le nombre de cas confirmés de COVID-19 a augmenté rapidement en Chine et dans le monde, et dès le 30 janvier 2020 l’OMS a déclaré que la maladie était une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI)[1]. D’après le suivi en temps réel[2] de propagation de l’épidémie réalisé par l’université Johns Hopkins, environ 175 000 cas d’infection au coronavirus ont été confirmés dans le monde le 16 mars 2020. La Chine continentale, foyer de l’épidémie, concentre environ 46 % des patients diagnostiqués à l’échelle mondiale (plus de 81 000 cas et 3 000 morts). Alors que la propagation du virus semble ralentir en Chine, les contaminations augmentent partout ailleurs dans le monde et le virus est désormais présent sur tous les continents. Les pays les plus touchés en dehors de la Chine sont l’Italie (environ 25 000 cas et plus de 1 800 mors), l’Iran (environ 15 000 cas et 850 morts), l’Espagne (9 500 cas et 330 morts), la Corée du Sud (8 200 cas et 75 morts) et l’Allemagne (6 700 cas et 14 morts). Au total à ce jour, plus de 150 pays ont diagnostiqué des cas de coronavirus à travers le monde. En France, l’épidémie est apparue fin janvier et le nombre de cas détecté s’élève à 5 397 (7ème pays le plus touché après l’Allemagne), et 127 personnes sont décédées en date du 16 mars 2020.

Dans chaque pays où il est représenté, le réseau de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a un rôle de premier plan à jouer dans la lutte contre cette pandémie mondiale. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), en étroite collaboration avec les partenaires de santé mondiaux et locaux, fournit une évaluation continue des risques et des orientations pour aider les sociétés nationales à mettre en œuvre une riposte épidémique, un soutien social et des activités d’atténuation de l’impact épidémique. En collaboration avec l’OMS et l’UNICEF, la FICR a mis au point un modèle de stratégie et des directives RCCE (Communication des risques et engagement communautaire) avec des recommandations pour chaque phase de l’épidémie (préparation, confinement et atténuation). Aussi, au-delà de l’appui technique à certaines sociétés nationales, la FICR utilise des outils d’évaluation opérationnelle développés pour recueillir les perceptions et la compréhension de l’épidémie par les populations et suivre les retours d’information et les rumeurs qui peuvent éclairer une préparation et une riposte à l’épidémie plus solides.

La Croix-Rouge française, auxiliaire des pouvoirs publics, a été rapidement mobilisée aux côtés des autorités sanitaires françaises pour participer à l’effort de réponse et de protection des populations. Ses bénévoles assurent la réponse téléphonique au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et depuis le 25 janvier ils sont présents à l’arrivée des passagers en provenance de Chine sur la plateforme aéroportuaire de Roissy-CDG, afin d’accueillir, renseigner, rassurer et orienter les voyageurs. Dès le 31 janvier la mobilisation de l’association s’est intensifiée avec la participation d’une trentaine de volontaires à la logistique et animation du centre d’accueil basé à Carry-Le-Rouet (13), où 247 ressortissants français de la province chinoise de Hubei ont été confinés, et à l’accueil aéroportuaire des personnes rapatriées. Avant même le passage en niveau 3 la Croix-Rouge française a commencé à conduire des actions opérationnelles spécifiques, qui ne cessent de se développer et de s’étendre désormais à l’ensemble du territoire français, métropolitain et d’outre-mer. Plusieurs Cellules Arrières Départementales (CAD) ont été ouvertes dans les départements, qui coordonnent toutes les opérations et assurent la relation avec les pouvoirs publics départementaux et les états-majors des secours publics. La Croix-Rouge répond notamment aux sollicitations du SAMU, de la DDCS ou encore des hôpitaux et renforce leurs cellules d’appel saturées, aide à la gestion des flux arrivants dans les hôpitaux, accueille des personnes sans domicile diagnostiquées comme atteintes par le coronavirus mais ne relevant pas d’une hospitalisation, transporte des personnes malades dans le cadre du réseau de secours, etc.

Au niveau international, les acteurs de la recherche se sont mobilisés pour déterminer les axes stratégiques à explorer afin de soutenir la réponse opérationnelle à cette nouvelle épidémie. Les 11 et 12 février 2020, des scientifiques du monde entier se sont réunis au siège de l’Organisation mondiale de la santé à Genève pour évaluer le niveau actuel de connaissances sur le nouveau virus, convenir des questions de recherche essentielles auxquelles il faut répondre de toute urgence et des moyens de travailler ensemble pour accélérer et financer les recherches prioritaires qui peuvent contribuer à réduire cette flambée épidémique et à se préparer aux épidémies futures. L’OMS et le réseau Glopid-R ont ainsi adopté une feuille de route[3] sur la recherche comprenant plusieurs priorités, dont certaines concernent les sciences sociales.

Parmi les questions prioritaires identifiées, cette feuille de route encourage les activités de recherche traitant de l’impact des mesures de prévention, de gestion du confinement ou encore d’aide aux personnes atteintes du virus, sur le bien-être physique et psychologique des personnes engagées dans la réponse au virus. Quelles sont les approches pertinentes, acceptables et réalisables pour soutenir la santé physique et les besoins psychosociaux de ceux qui dispensent des soins aux patients COVID-19 ?[4] L’impact de l’infection par COVID-19 sur les travailleurs de première ligne soulève en effet des inquiétudes quant à la meilleure façon de protéger leur santé physique et mentale. Les pays et organisations luttant contre la propagation du virus doivent préparer leur personnel à appliquer des procédures de prévention et de contrôle efficaces, renforcer leur résilience, anticiper les besoins psychosociaux et planifier pour permettre la continuité clinique.

La Fondation Croix-Rouge se mobilise afin d’encourager cet effort en proposant une bourse de recherche en sciences humaines et sociales pour étudier les conséquences des modalités de réponse au Covid-19 sur les personnels bénévoles de la Croix-Rouge française et leurs activités. Dans une préoccupation de recherche appliquée pouvant aider à mieux se préparer pour de futurs évènements similaires – dans les pays du Nord comme du Sud –, cette recherche s’intéressera à l’expérience que font les bénévoles des différentes mesures de santé publique mises en œuvre par les équipes d’intervention en France, dont le confinement.

Plusieurs études sur le SRAS ont mis en évidence les facteurs institutionnels, sociaux et psychologiques qui affectent le bien-être des travailleurs de la santé, ainsi que les facteurs associés à la résilience et à l’épuisement professionnel après l’événement[5]. D’autres travaux ont démontré l’efficacité de l’action bénévole pour soutenir les interventions de réponse à une épidémie, notamment lors de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest[6]. Les précieux enseignements tirés de ces recherches peuvent aider les organisations à développer des stratégies fondées sur des preuves tangibles pour la protection des personnels engagés. En ce sens, et consciente de l’importance de l’action bénévole dans ce contexte, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a publié un guide sur l’action des volontaires en contexte épidémique[7] avant, pendant et après l’épidémie.

Cependant il existe peu de travaux s’intéressant à la participation des bénévoles dans le cadre d’une réponse à une épidémie, contrairement à d’autres contextes d’urgence plus étudiés, comme les conflits armés[8] ou les catastrophes naturelles, et essentiellement construits à partir de méthodes quantitatives[9].

La Fondation Croix-Rouge encouragera particulièrement les projets proposant des réponses aux questions suivantes :

  • Quelles sont les perceptions des mesures de réponse (confinement, isolement, prise en charge médicale, sensibilisation…) et de prévention par les bénévoles qui en font l’expérience ? Comment ces perceptions varient-elles selon les territoires, les actions menées et aux différents stades épidémiques ?
  • Comment les bénévoles réagissent à ces mesures, pendant et en dehors de leurs activités, procèdent pour éventuellement les adapter à la diversité des situations qu’ils rencontrent ?
  • Quel est l’impact de la mise en place de ces mesures sur la santé physique et psychologique des bénévoles impliqués dans les dispositifs ?
  • Le caractère inédit du Covid-19 et la potentielle longue durée de la « phase d’urgence » et de mobilisation des personnels bénévoles auront-ils un impact sur leur engagement et sur celui des autres bénévoles de l’association ?
  • Comment les organisations peuvent mieux soutenir et protéger les bénévoles et personnels exposés ?
  • Comment promouvoir efficacement l’adhésion des bénévoles aux mesures de réponse ?
  • Comment les bénéfices de la participation des bénévoles à la réponse à l’épidémie varient-ils selon les difficultés propres à chaque contexte d’intervention, notamment la collaboration avec les établissements de santé ?
  • Comment l’engagement bénévole en contexte épidémique est-il perçu par les proches et environnements sociaux des bénévoles ?
  • En quoi ce type d’engagement se différencie-il d’autres types de bénévolat, notamment en termes d’investissement et d’impact sur la vie personnelle des bénévoles ?

Ces questions de recherche ne sont que des pistes proposées pouvant bien sûr être adaptées en fonction de l’évolution de la situation. La conduite du projet sera étroitement liée aux projets et dispositifs mis en œuvre actuellement par la Croix-Rouge française dans le cadre de la réponse au Covid-19, mais également aux dispositifs mis en œuvre à une date ultérieure de cet appel, selon l’évolution de l’épidémie.

[1] OMS https://www.who.int/fr/news-room/detail/30-01-2020-statement-on-the-second-meeting-of-the-international-health-regulations-(2005)-emergency-committee-regarding-the-outbreak-of-novel-coronavirus-(2019-ncov)

[2] Coronavirus COVID-19 Global Cases by Johns Hopkins CSSE https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

[3] OMS, A coordinated Global Research Roadmap https://www.who.int/blueprint/priority-diseases/key-action/Roadmap-version-FINAL-for-WEB.pdf?ua=1

[4] Ibid.

[5] Imai, T., et al., Perception in relation to a potential influenza pandemic among healthcare workers in Japan: Implications for preparedness. Journal of Occupational Health, 2008. 50(1): p. 13-23.

Brooks, S.K., et al., A Systematic, Thematic Review of Social and Occupational Factors Associated With Psychological Outcomes in Healthcare Employees During an Infectious Disease Outbreak. Journal of Occupational and Environmental Medicine, 2017. 60(3): p. 248-257.

Yassi, A., et al., Research gaps in protecting healthcare workers from SARS and other respiratory pathogens: An interdisciplinary, multi-stakeholder, evidence-based approach. Journal of Occupational and Environmental Medicine, 2005. 47(1): p. 41-50.

Wu, P., et al., The Psychological Impact of the SARS Epidemic on Hospital Employees in China: Exposure, Risk Perception, and Altruistic Acceptance of Risk. The Canadian Journal of Psychiatry, 20019. 54(5): p. 302-311.

[6] Stellmach, Darryl, Isabel Beshar, Juliet Bedford, Philipp du Cros, et Beverley Stringer. 2018. « Anthropology in public health emergencies: what is anthropology good for? » BMJ Global Health. 3(2) : e000534

OMS. 2014. Flambées épidémiques de maladie à virus Ebola et Marburg: préparation, alerte, lutte et évaluation. OMS Genève.

[7] IFRC, Epidemic Control for Volunteers – A training manual

Le manuel « Contrôle des épidémies à l’usage des volontaires », qui est conjointement utilisé avec une trousse à outils, est un module de formation axé sur les maladies épidémiques et les moyens de les limiter. Il a été conçu pour une utilisation par des volontaires et les formateurs de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

[8] The Volunteering in Conflicts and Emergencies Initiative (ViCE), dirigée par la Croix-Rouge suédoise, en partenariat avec le Center for International Development de l’Université de Northumbria.

[9] Kpanake, L., Dounamou, T., Sorum, P.C. et al. What motivates individuals to volunteer in Ebola epidemic response? A structural approach in Guinea. Hum Resour Health 17, 81 (2019). https://doi.org/10.1186/s12960-019-0409-x

Zone géographique de recherche

 

La recherche pourra avoir lieu en France métropolitaine et/ou sur les territoires d’outre-mer les plus affectés.

Les pays ciblés constituent une entrée empirique pour les recherches. Ils ne correspondent en aucun cas aux nationalités d’éligibilité du candidat.

Bourse de recherche (individuelle)

Nombre : 1

Montant : 17 000 €

Le lauréat bénéficiera en outre de :

• suivi scientifique et tutorat personnalisés
• accompagnement dans la valorisation des résultats de la recherche (traduction en anglais, publication sur ce site, soutien pour publier dans des revues d’excellence et notamment dans la revue Alternatives humanitaires, participation aux Rencontres de la Fondation)
• abonnement d’un an à la revue Alternatives humanitaires
• adhésion d’un an à l’IHSA

Dates clés :

• 20 mars 2020 : lancement de l’appel
• 29 mars : clôture des candidatures
• 3 avril : annonce des résultats
• 6 avril 2020 : début des recherches
• 6 avril 2021 : rendu des livrables

Mots-clés :

• Épidémies
• Santé
• Bénévolat
• France