Initiative dédiée à la recherche dans les champs de l’action humanitaire et de l’action sociale, la Fondation Croix-Rouge française porte la volonté de la Croix-Rouge française de s’engager dans un effort d’analyse des fragilités et des réponses des acteurs, d’anticipation des besoins des populations vulnérables, et d’accompagnement de nouveaux modèles opérationnels.
C’est dans le cadre de ce programme que la Fondation Croix-Rouge française décide de lancer cet appel à candidatures qui attribuera 1 à 3 bourses de recherche à des docteur(e)s en sciences humaines et sociales afin de mener une recherche durant 15 mois.
Thématique de recherche
2025 : une nouvelle donne pour le secteur de l’aide internationale
L’année 2025 marque un tournant pour l’aide internationale (Troit & Snyder, 2025; Viegalus & Charancle, 2025). Si le système humanitaire a toujours connu des crises au cœur des crises – des moments clés ayant suscité de profondes remises en question et évolutions sur sa propre organisation – il avait, jusqu’à récemment, pu compter sur une architecture relativement robuste, des valeurs partagées et un soutien financier croissant de la part des États (voir OECD, 2025).
Les années 2020 marquent, dans ce contexte, une rupture importante. Après une crise sanitaire mondiale éprouvante, la conjoncture devient plus lourde pour les organisations et pour les principes humanitaires. Conflits de haute intensité et violences extrêmes en Ukraine, au Moyen-Orient ou au Soudan ; érosion du respect des normes internationales et de la légitimité du multilatéralisme ; intensification des catastrophes dues au changement climatique ; déstabilisation de l’engagement bénévole et de la confiance dans les institutions du fait de la polarisation et de la désinformation (IPCC, 2023; OCDE, 2024; ICRC, 2024; IISS, 2025; IFRC, 2026). Entrant dans une période de « polycrises » de plus en plus imprévisibles, le système humanitaire se retrouve mis à rude épreuve (Abdullahi et al., 2025).
Ce tournant se caractérise plus précisément par un double basculement, financier et idéologique (Audet et al., 2025). Le gel brutal de l’aide américaine en janvier 2025 – soit plus de 42 milliards de dollars – combiné à l’annonce des baisses de l’aide publique au développement par plusieurs grands donateurs européens dont la France, l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, confirme une tendance à la réduction amorcée en 2024 par d’autres bailleurs (OECD, 2025; Bouissou et al., 2024; Couvelaire, 2025). Ces annonces ont des effets immédiats et multiples sur de nombreux programmes humanitaires en cours et à venir ainsi que sur les organisations elles-mêmes, qu’elles soient locales ou internationales (interruption de services, licenciements, risques existentiels). Elles suscitent une forte réaction des ONG et de la communauté internationale qui alertent aussi bien sur les risques pour les populations que sur la remise en cause de principes humanitaires fondamentaux (International Council of Voluntary Agencies, 2025; Médecins Sans Frontières, 2025; Glasman 2025).
En plus de provoquer l’arrêt immédiat de financements et de programmes essentiels, comme ceux de lutte contre le VIH (voir Alaoui et al., 2025), ces coupes déstabilisent l’infrastructure même du système, affectant jusqu’aux ONG s’en réclamant les plus indépendantes (Hofman, 2025). Alors que de nouveaux acteurs privés entrent en scène, elles préfigurent une concentration et une compétition accrues pour les fonds institutionnels, menaçant la coopération internationale pourtant indispensable pour répondre aux besoins humanitaires grandissants (Lamarche, 2025). Ces tendances posent l’enjeu existentiel du secteur de l’aide internationale et annoncent le début de nouvelles conditionnalités et d’une reconfiguration profonde du secteur dont peu d’acteurs seront épargnés (VanRooyen, 2026).
Dans ce contexte, le secteur universitaire et la science, qui ne sont pas exempts de menaces eux-mêmes (voir Balme, 2025), apparaissent plus que jamais comme des ressources clés à préserver et à mobiliser. Face à des crises de plus en plus complexes, imbriquées et durables, les sciences humaines et sociales deviennent cruciales pour dépasser des lectures strictement opérationnelles ou techniques des transformations et situations humanitaires et analyser les dynamiques sociales, politiques, économiques et culturelles qui les sous-tendent (Troit, 2016; Antouly et al., 2023). Dans cette période de doutes et de méfiance, la réinvention même forcée du secteur ne peut faire l’économie de la science et de la pensée critique, essentielles pour collecter les données nécessaires, produire de nouvelles connaissances, nourrir ses réflexions et s’adapter aux enjeux présents et futurs.
Objectifs de l’appel :
Fidèle à la thématique structurante du programme Nouvelle Donne Humanitaire, cet appel invite les chercheurs à soumettre des propositions de projets de recherches documentant comment et pourquoi les paramètres caractéristiques de cette nouvelle période transforment structurellement, voire idéologiquement, les organisations et le secteur humanitaire. Il s’agira d’étudier comment le secteur humanitaire tente de s’adapter et se recompose face à ces bouleversements. Comment les organisations, leurs personnels et leurs partenaires vivent-ils, interprètent-ils, et intègrent-ils ces transformations dans leurs pratiques quotidiennes, leurs modes d’intervention et leurs cadres normatifs ? En quoi cette nouvelle donne fait-elle émerger de nouveaux besoins et problématiques et appelle-t-elle des réponses différentes ?
Ces questions pourront être abordées en elles-mêmes et/ou à l’aune de trois axes de réflexion que la Fondation souhaite développer.
Normes et principes humanitaires
Dans un contexte marqué par le retour de la guerre, la politisation accrue de l’aide et la remise en cause du multilatéralisme, les recherches interrogeront la manière dont les acteurs humanitaires défendent, négocient et mettent en récit leur identité, leurs principes et leur légitimité. Dans quelles mesures les normes humanitaires fondamentales sont-elles réaffirmées, diffusées, contestées ou instrumentalisées et par quels acteurs ? Comment les (ré)interpréter à l’aune d’un nouveau contexte politique, sociétal et technologique ? Quelles expériences sociales et pratiques peuvent être mises en œuvre afin de les préserver et de les adapter au sein d’espaces d’intervention de plus en plus contraints, fragmentés, marchandisés et militarisés ? Ces questionnements invitent à analyser le secteur humanitaire non seulement comme un ensemble de pratiques opérationnelles, mais aussi comme un champ traversé par de nombreuses tensions politiques, morales et symboliques.
L’action humanitaire locale
Dans la continuité du précédent programme de recherche de la Fondation sur la Transition humanitaire, les recherches viseront à porter un regard réflexif sur l’action humanitaire contemporaine et la politique de localisation de l’aide initiée au sommet mondial sur l’action humanitaire de 2016. Quel avenir pour la politique mondiale de localisation de l’aide à l’aune des récents bouleversements ? Quelles réalités de transferts de pouvoir ? Quelles reconfigurations des relations entre acteurs ? Quels mécanismes horizontaux de solidarités, spontanés ou plus organisés, mêlant citoyens et organisations ? Quels nouveaux acteurs ? Ces recherches permettront de porter un regard neuf sur le projet de localisation, de nourrir des réflexions sur le futur de l’action humanitaire en lien avec la société civile et les pouvoirs publics, et d’envisager la crise comme une opportunité éventuelle de renouveau des pratiques humanitaires.
L’action humanitaire planétaire
Ce dernier axe s’écarte des nexus traditionnels urgence-développement-paix pour appréhender l’articulation croissante de l’action humanitaire à la question environnementale et climatique, voire à la biodiversité, et donc sa relation au vivant. Comment l’intégration des enjeux environnementaux et climatiques transforme-t-elle les cadres d’intervention, les priorités et les temporalités de l’action humanitaire ? Dans quelle mesure des approches holistiques, intégrées et/ou systémiques du vivant (ex. One Health) peuvent-elles reconfigurer les pratiques, les savoirs et les approches des acteurs humanitaires ? Dans quelle mesure la prise en compte des enjeux environnementaux et du vivant peut-elle conduire à une redéfinition des frontières du secteur humanitaire et de ses responsabilités ? Les recherches inviteront à considérer les enjeux environnementaux comme catalyseur de changement des priorités, des actions, des concepts et des temporalités de l’action humanitaire et à considérer le rôle du secteur dans le déploiement d’une aide plus juste et plus durable.
Zones géographiques de recherche
Ces thèmes pourront être abordés empiriquement dans quatre territoires prioritaires : la France hexagonale, les territoires ultramarins et territoires étrangers de proximité dans les 3 Océans, l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient. Ces territoires prioritaires ne sont toutefois pas exclusifs. Le soutien de la Fondation peut s’étendre à toute zone géographique, si les projets de recherche réunissent, entre autres, les conditions de sécurité et de faisabilité exigées.
L’accès au terrain sera conditionné par une évaluation précise des risques remise lors de la candidature et mise à jour avant le départ en prenant soin de vérifier au préalable les recommandations du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères français.
© Crédit photo : Swedish Red Cross – Ilia Smyk

Je candidate
Bourse de recherche (individuelle)
Nombre de bourses : 1
Montant : 19 800 €
Chaque lauréat bénéficiera en outre de :
- la possibilité de solliciter une participation aux frais d’assurance liés au terrain (pour un montant maximum de 500 euros).
- suivi scientifique et tutorat personnalisés
- accompagnement dans la valorisation des résultats de la recherche (traduction en anglais, publications sur ce site, soutien pour publier dans des revues d’excellence et notamment dans la revue Alternatives humanitaires, participation aux Rencontres de la Fondation)
- abonnement d’un an à la revue Alternatives humanitaires
Dates clés :
- 13 avril 2026 : lancement de l’appel
- 17 mai 2026 : clôture des candidatures à minuit (heure de Paris)
- 2 juillet 2026 : annonce des résultats
- 1er-15 septembre 2026 : début de la recherche
- 1er décembre 2027 : rendu des livrables finaux
Mots-clés :
- Aide internationale
- Système humanitaire
- Normes et principes humanitaires
- Action humanitaire locale
- Humanitaire et environnement
Financé par :
