Coopérations logistiques dans le secteur de l’aide alimentaire : pratiques, intérêts et facteurs de pérennité
Ce projet de recherche propose d’investiguer les pratiques de coopérations logistiques, voire d’action collective, propres au secteur de l’aide alimentaire en France.
Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique
La logistique est dite par essence collaborative (Pipame, 2011). Les opérations logistiques ayant pour finalité l’atteinte du lieu adéquat dans le meilleur rapport qualité prix et avec des délais optimaux, la coopération entre des acteurs aux intérêts divers, voire divergents, est nécessaire. Elle concerne des acteurs opérant à différents maillons de la chaîne d’approvisionnement (coopération verticale) ou des acteurs occupant un même segment de la chaîne (coopération horizontale) (Gonzalez-Feliu, Morana, 2010). Ces deux types de coopération impliquent des acteurs différents et supposent un coût coopératif plus ou moins élevé. La coopération verticale permet de fluidifier la chaîne et de créer une synergie de coûts. La coopération horizontale concerne des acteurs concurrents ou complémentaires occupant un même segment de la chaîne, par exemple deux producteurs qui mutualisent des véhicules ou un lieu de stockage. Plus complexe, elle exige un niveau d’engagement supérieur et suppose un coût de coopération plus élevé. Elle demande, pour les entreprises, de revoir leurs procédés habituels et de faire converger des moyens ou des informations parfois stratégiques. Ce type de coopération est identifié dans la littérature comme le plus efficace en matière de création de valeur, générant des synergies de revenus pour l’ensemble de la chaîne, mais aussi comme particulièrement difficile à mettre en place (Roy, Landry, Beaulieu, 2006). Les travaux de recherche insistent aussi sur les effets pervers de coopérations ayant contribué à renforcer le pouvoir d’un acteur de la chaîne ou à déséquilibrer la répartition des bénéfices ou des coûts. Dès lors, ces coopérations restent encore rares dans les grandes enseignes et dans les chaînes longues de manière générale.
Dans ce contexte, des coopérations logistiques innovantes sont identifiées récemment dans la littérature, notamment au sein des systèmes alimentaires. Dans ce cadre, la principale piste d’optimisation repose sur les solutions collectives, basées sur la mutualisation de ressources et des modes de coopérations multi-acteurs et multi-niveaux, c’est-à-dire aux objectifs plus seulement économiques, mais aussi socio-territoriaux (Vaillant et al., 2017 ; Raimbert, Raton, 2021 ; Raimbert, Raton, 2023). Au sein de ces systèmes alimentaires, la mise en œuvre de coopérations renouvelées peut, tout à la fois, être plus attractive que pour les grandes entreprises et s’avérer plus complexe : des coopérations entre acteurs de même type ayant des organisations variées ; une implication accrue des collectivités à différents échelons administratifs, qui ajoutent un objectif de développement territorial ; des coopérations entre acteurs publics/privés aux compétences, objectifs et ressources distinctes, parfois asymétriques.
L’identification de projets de mutualisation au sein du secteur de l’aide alimentaire par l’équipe LUPA de la CRf, semble illustrer de mécanismes proches : une appétence pour des coopérations renouvelées et une complexification des formes de coopérations (des coopérations entre acteurs associatifs aux fonctionnements distincts (ANSA, 2023) ; des coopérations entre acteurs publics/privés ; une implication accrue des collectivités territoriales). De même, dans le secteur de l’aide alimentaire, l’optimisation logistique ne constitue pas tant un moyen de générer de la valeur qu’un moyen de réduire les couts logistiques, qui croissent régulièrement dans un contexte d’inflation, et de réduire les contraintes de gestion des flux qui pèsent sur les bénévoles.
Quelles sont les pratiques de coopérations logistiques, voire d’action collective, propres au secteur de l’aide alimentaire ?
Terrain de recherche et de la méthode d’investigation
L’enquête se déroule en France, avec des études de cas sur les sites d’expérimentation à Marseille, Saint Lo, Bonneuil etc. L’objectif est de réaliser une enquête afin d’identifier la diversité des expériences existantes de coopération dans le secteur de l’aide alimentaire, les modalités de coopérations et le degré de mise en commun. Si l’action collective est de plus en plus favorisée (Gonzalez-Feliu et Morana, 2010 ; Blanquart et al., 2015), elle ne va pas de soi et n’est pas toujours pérenne. Dans ce contexte, il s’agit de réaliser des études de cas afin d’identifier finement les objectifs de la coopération, le niveau de coopération, l’atteinte des objectifs et les déterminants de la robustesse de la coopération. Il s’agit aussi d’explorer particulièrement les changements organisationnels et culturels internes induits par les pratiques de coopérations mises en place, qu’elles relèvent de la mutualisation ou du partage.
Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux
Cela pourrait réduire les couts logistiques et les contraintes de gestion des flux qui pèsent sur les bénévoles. Au niveau scientifique, cette recherche est importante car elle se pose la question suivante : quels sont les déterminants de la mise en place de ces coordinations et les facteurs de robustesse ?
Biographie
Gwenaëlle Raton est chargée de recherche à l’Université Gustave Eiffel, au sein du laboratoire SPLOTT, rassemblant des chercheurs spécialisés sur l’étude du transport de marchandises. Géographe de formation, ses travaux de recherche sont centrés sur l’approvisionnement alimentaire des villes et notamment les enjeux logistiques des circuits courts alimentaires. Dans une approche de géographie sociale, elle étudie les mobilités des acteurs de l’approvisionnement alimentaire des villes, les relations ville/campagne induites et les coopérations logistiques.
Crédit photo : Gwenaëlle Raton