Accueillir, écouter, orienter : qu'est ce qui circule dans la relation d'aide à la Croix-Rouge et ailleurs ?
Cette recherche a pour objectif d’identifier de « bonnes pratiques » d’accueil, d’écoute, d’orientation et d’accompagnement social.
Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique
Ce projet de recherche propose de s’intéresser au fonctionnement des dispositifs d’accueil, d’écoute et d’orientation de la Croix-Rouge, sans faire l’impasse sur ce qui est mis en œuvre par d’autres associations. Plus précisément, cette recherche entend questionner les modalités d’accueil, d’écoute et d’orientation des publics en situation de vulnérabilité en analysant l’existant en termes de postures relationnelles, d’offre de services et de spatio-temporalités dans l’optique de contribuer au changement de culture des dispositifs portés par la CRF, passant – pour le dire de manière trop caricaturale – d’une logique historique d’urgence, de distribution et de charité, à une logique plus axée sur la rencontre, la création de lien et l’accompagnement social dans la durée.
Objectiver les multiples modalités d’accueil, d’écoute et d’orientation qui se donnent à voir dans l’optique d’en dégager les effets sur les personnes accueillies et sur les bénévoles accueillants. Dans cette perspective, la recherche a vocation à dégager des pistes d’actions opérationnelles destinées à accompagner en pratique les transformations inhérentes aux activités de la Croix-Rouge en contribuant à l’identification de « bonnes pratiques » d’accueil, d’écoute, d’orientation et d’accompagnement social.
- Quelles sont les diverses modalités (interactionnelles, spatiales et temporelles) d’accueil, d’écoute et d’orientation qui se donnent à voir au sein des services ciblés par l’étude ?
- Comment sont perçues et reçues ces postures et ces pratiques par les personnes accompagnées
- Quel est l’impact de ces modalités d’accueil, d’écoute et d’orientation sur le parcours des personnes accompagnées, mais également sur l’implication des bénévoles, ou autrement dit, sur leur « parcours d’engagement » ?
Terrain de recherche et de la méthode d’investigation
La recherche se focalisera sur l’étude ethnographique de l’Unité Locale de Nancy (Croix-Rouge) et de l’accueil Café-Sourire de la Société Saint-Vincent de Paul, ainsi qu’une approche complémentaire au sein de l’Unité Locale de Lille.
Partant d’une méthode éminemment qualitative – ethnographique – informée par des entretiens semi-directifs (30 en tout) menés auprès des personnes accueillies et des équipes bénévoles, la recherche développera également un volet quantitatif s’appuyant sur le reporting des dispositifs ciblés (ce qui permettra d’identifier la régularité, la fréquence et la durée, ainsi que les motifs de l’usage des services par les personnes accueillies, mais également, de manière plus longitudinale, les évolutions de leur situation personnelle et leurs circulations dans d’autres dispositifs d’assistance). Le travail d’enquête s’appuiera parallèlement sur la passation de questionnaires auprès des bénéficiaires au sein des services étudiés dans l’optique d’apporter un regard plus général sur la perception et la réception de l’offre de service et des modalités relationnelles à travers lesquelles ces services sont dispensés.
Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux
Dans le cadre d’une sociologie pragmatique, la recherche mobilise la microsociologie d’inspiration interactionniste ainsi que les apports théoriques de l’anthropologie du don et de la sociologie de la reconnaissance afin d’analyser « ce qui circule » dans la relation aidant-aidé, on seulement en termes d’assistance matérielle (« offre de service »), mais surtout sur le plan symbolique des modalités d’identification, de confiance et de reconnaissance de l’Autre (« offre relationnelle »). En somme, dans l’optique de mieux comprendre les ressors de la relation d’aide, il s’agira ici de déployer une grille de lecture conceptuelle qui fait la part belle à l’analyse des relations et des liens qui s’initient, se tissent, s’entretiennent ou se rompent dans les contextes caritatifs étudiés ; tout en évoluant vers les effets et impacts de ces différentes formes et natures de liens, à la fois sur les bénéficiaires et sur les bénévoles.
La recherche entend éclairer les pratiques des bénévoles et favoriser leur réflexivité quant à leur action, tout en contribuant à l’identification de « bonnes pratiques » d’accueil, d’écoute, d’orientation et d’accompagnement social.
Biographie
Thibaut Besozzi est Docteur en sociologie depuis 2015, Membre du Département Recherche de l’IRTS de Lorraine et chercheur associé au LIR3S – Université de Bourgogne Europe. Ses travaux de recherche se situent au croisement de la sociologie de la marginalité, de la sociologie urbaine et de la sociologie de l’action sociale.
Crédit photo : D. Pazery