Le projet de recherche

Engagement et lien avec les associations dans la carrière étudiante et personnelle

La recherche vise à comprendre comment l’engagement étudiant, selon les ressources individuelles et territoriales et les dispositifs d’accompagnement, façonne les identités, les compétences et les trajectoires, afin d’orienter des pratiques d’appui plus justes et efficaces.

 

Contexte et enjeux humanitaires ou sociaux et problématique

L’engagement étudiant hors du cadre universitaire contribue à la cohésion sociale, au développement des compétences citoyennes et à la vitalité associative. Pourtant, son accès, sa reconnaissance et sa pérennisation demeurent inégaux selon les capitaux sociaux et culturels, les dispositifs d’accompagnement, et les ressources territoriales. Dans des contextes marqués par des injonctions à « s’engager », les étudiantes et étudiants arbitrent entre études, travail rémunéré, précarités et projection professionnelle, avec des risques de décrochage associatif ou d’usure. Les acteurs (CRf, Animafac, universités, associations locales) cherchent à mieux comprendre ce qui soutient un engagement durable, transférable et valorisé, afin d’orienter leurs dispositifs et d’éviter que l’engagement ne soit réservé aux plus dotés. ENLACÉ examine ces dynamiques en croisant trajectoires, effets de socialisation, reconnaissance des compétences et ancrages territoriaux, pour éclairer des choix opérationnels et justes dans l’accompagnement.

Cette recherche cartographie la diversité des « carrières » d’engagement étudiant ; elle identifie les freins et les leviers de ce dernier, comme la reconnaissance, l’ accompagnement, les ressources, les pairs, ou encore l’articulation aux projets de vie. Il s’agit de mesurer l’effet des contextes territoriaux et institutionnels et de qualifier les usages de l’engagement (capitalisation, transfert, braconnage) et leurs conditions de pérennité. L’objectif est de proposer des recommandations opérationnelles pour la Croix-Rouge française, Animafac et leurs partenaires sous forme de fiches-leviers, d’outillage d’accompagnement, et de valorisation des compétences. La recherche vise à concilier rigueur scientifique et utilité sociale via une méthodologie mixte et des livrables transférables sous forme de policy brief, de capsules vidéo, d’atelier.

L’expérience d’engagement influence-t-elle la construction des identités estudiantines, professionnelles et citoyennes ? Quelles conditions (reconnaissance, accompagnement, pairs, territoires) favorisent ou freinent sa continuité et sa valorisation dans les parcours ?

 

Terrain de recherche et de la méthode d’investigation

Une méthode mixte sera utilisée. Sur le volet des données quantitatives, le chercheur utilise un questionnaire en ligne d’environ 1 500 répondant·es entre quatre aires urbaines (Lille, Lyon, Paris, Pau), qui inclut engagé·es et non-engagé·es. Les étudiants seront recrutés via les universités, les partenaires CRF et Animafac, avec des QR-codes dans les événements. Quant aux méthodes qualitatives, 5 focus groups mixtes (4–5 participant·es) seront mis en place pour cartographier les motivations, les freins et les imaginaires. 35 entretiens biographiques filmés d’étudiant·es (engagés, non engagés, sortis) seront réalisés pour qualifier leurs trajectoires, leurs décrochages et les articulations de leurs projets de vie. Enfin, 10 entretiens d’accompagnant·es (tuteurs CRf, référent·es Animafac, responsables associatifs) compléteront les données reçues. L’échantillonnage sera attentif au genre, à l’origine sociale, au niveau d’études, aux filières et types d’associations, tout en se conformant au RGPD (information, consentement, pseudonymisation, conservation encadrée).

 

Les intérêts scientifiques de la recherche et pour les acteurs humanitaires et sociaux

Le projet articule les sociologies des jeunesses, de l’engagement, des carrières et des territoires. Il documente finement la reconnaissance des compétences, les usages différenciés de l’engagement et leurs effets biographiques, en intégrant la variable territoriale (métropole/péri-urbain/rural). L’apport principal est une typologie empirique des trajectoires et des conditions de pérennité, étayée par un dispositif mixte multi-sites et un corpus audiovisuel. Il éclaire les relations entre capitaux, pairs et dispositifs, comblant un manque de données comparatives récentes en France.

Les résultats se traduiront en fiches-leviers synthétiques et opérationnelles de deux pages. Pour ajuster le repérage, l’accompagnement et la reconnaissance des engagements ; en policy brief pour le plaidoyer ; en capsules vidéo pour la formation et la diffusion. L’enjeu est d’optimiser l’équité d’accès, de sécuriser les parcours engagés, et de mieux valoriser les compétences acquises, au bénéfice des associations, des étudiant·es et des territoires.

 

Biographie

Maxime Duviau est sociologue, docteur qualifié aux fonctions de Maître de conférences. Il est post-doctorant au laboratoire TREE (UMR 6031, UPPA). Ses travaux portent sur les jeunesses, les socialisations universitaires et les formes d’engagement, avec une attention aux trajectoires, aux territoires et à la reconnaissance des compétences. Il a conçu et conduit des enquêtes mixtes (questionnaires, entretiens, focus groups) et valorise ses résultats pour l’action publique et associative. Il est l’auteur de Rouler pour grandir (L’Harmattan, 2025), et coordonne aujourd’hui ENLACÉ, un programme sur l’engagement étudiant et ses effets sur les identités et carrières, en partenariat avec la Croix-Rouge française et Animafac.

 

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