Dans un monde où les crises se complexifient et où les financements se raréfient, l’intuition ne suffit pas. Pour agir vite et juste, il faut comprendre. C’est tout l’enjeu du RC3 (Red Cross Red Crescent Research Consortium) : un consortium unique qui connecte la puissance de la science à la réalité du terrain au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Mettre la recherche en réseau pour mieux répondre aux crises
Si la recherche fait depuis longtemps partie de l’ADN du Mouvement Croix-Rouge et Croissant-Rouge, un changement d’échelle s’est opéré il y a sept ans. Face à la multiplication de travaux et d’initiatives dédiées à la recherche au sein du Mouvement, l’idée d’une mise en réseau structurée a progressivement émergé. Elle aboutit, en 2019, à la création officielle du Consortium de recherche du Mouvement, plus connu sous le nom de RC3.
Aujourd’hui, le réseau rassemble 26 membres institutionnels – parmi lesquels la Fondation Croix-Rouge française – engagés dans la production et la diffusion de connaissances sur les enjeux humanitaires. Tous partagent une même conviction : la recherche n’est pas un exercice abstrait, mais le moteur indispensable d’une action humanitaire lucide, capable de décrypter les crises pour mieux y répondre.
Loin de se limiter à un rôle de coordination, le RC3 s’est progressivement imposé comme un espace de circulation des idées. Il met en relation celles et ceux qui analysent les dynamiques sociales, politiques ou environnementales avec celles et ceux qui conçoivent et déploient l’aide sur le terrain. En filigrane, un objectif constant : renforcer la justesse et l’impact des interventions humanitaires.
Un réseau vivant, au croisement des savoirs et de l’action
Contrairement à l’image parfois figée de la recherche académique, le RC3 revendique une approche profondément dynamique et collaborative. Le réseau fonctionne comme un écosystème vivant, fait de rencontres, d’échanges et de confrontations d’expériences.
Ces dynamiques prennent forme lors de temps forts, à commencer par la Nuit blanche de la Recherche. Pensée comme un hackathon scientifique mondial de 24 heures, cette initiative rassemble chercheurs, opérationnels et décideurs autour de problématiques concrètes rencontrées par le Mouvement. Les résultats de recherches y sont discutés à l’aune des réalités de terrain, dans un dialogue direct entre production de savoirs et action humanitaire.
Tout au long de l’année, cette dynamique se prolonge à travers les Annual Research Workshops et les nombreuses rencontres en ligne. Autant d’espaces où les expériences se partagent, où les pratiques se questionnent et où naissent des collaborations durables. Pour beaucoup de membres, ces échanges constituent un appui précieux face à des défis humanitaires toujours plus complexes.
Rendre la recherche lisible, accessible et utile
Pour être pleinement utile, encore faut-il que la recherche soit accessible. C’est l’un des constats de départ du RC3 : les connaissances existent, mais elles sont souvent dispersées, peu visibles ou difficilement mobilisables par les équipes opérationnelles.
Afin de répondre à ce défi, le Consortium a engagé un important travail de valorisation des recherches produites au sein du Mouvement. Il a notamment constitué une base de données thématique des travaux de ses membres, mise à disposition à travers un outil en ligne : la RCRC Research Map. Cette carte interactive permet d’accéder, en quelques clics, à des centaines de publications susceptibles d’éclairer des problématiques concrètes rencontrées sur le terrain.
Dans le même esprit, le RC3 a publié un premier Reference Guide consacré au bénévolat et au volontariat. Ce document de 90 pages rassemble plus de 150 travaux de recherche, accompagnés de synthèses accessibles et de liens directs vers les ressources bibliographiques. Une manière de faire le lien entre production scientifique et besoins opérationnels, sans simplifier à l’excès.
Renforcer durablement les capacités de recherche
Au-delà de la diffusion des connaissances, le RC3 s’inscrit dans une ambition plus structurelle : renforcer durablement les capacités de recherche des Sociétés nationales. Il s’agit de contribuer à l’émergence d’une culture scientifique partagée, capable de s’ancrer dans le temps et de soutenir l’action humanitaire sur le long terme.
Dans cette perspective, le Consortium a développé plusieurs outils pratiques, dont un guide de bonnes pratiques pour mobiliser les bénévoles dans la collecte de données à des fins de recherche. Parallèlement, il mène un vaste travail de documentation et d’analyse des pratiques de recherche au sein du Mouvement. Ce projet de recherche épistémologique constitue une étape clé pour mieux accompagner les Sociétés nationales dans le développement de leurs propres capacités.
La recherche comme boussole en temps de crise
Si les efforts du RC3 prennent aujourd’hui une importance particulière, c’est parce que le secteur de l’aide humanitaire traverse une période de profondes turbulences. Le gel récent de l’aide américaine, combiné à la baisse globale des financements internationaux, impose une nouvelle équation aux acteurs humanitaires : faire mieux avec moins.
Dans ce contexte contraint, la recherche devient un outil stratégique. Elle permet de comprendre les dynamiques, d’anticiper les blocages et d’identifier des leviers d’innovation durable. En favorisant une réflexion collective fondée sur des données solides, le RC3 ne se contente pas de produire du savoir. Il offre aux Sociétés nationales des repères pour s’adapter, renforcer leur résilience et continuer à protéger les populations affectées, même lorsque les ressources se raréfient.
Photo du haut : les membres du RC3 réunis à Istanbul pour l’atelier mondial 2025 © Fondation Croix-Rouge française




