Afin de promouvoir les interactions entre les acteurs humanitaires et les chercheurs en sciences humaines et sociales, la Fondation Croix-Rouge française organise régulièrement « La Pause Culture Recherche » au siège de la Croix-Rouge française.

Notre ambition est d’incarner de manière concrète le lien entre recherche et société, au travers de retours d’expérience et de collaborations entre chercheurs et acteurs humanitaires et sociaux ou encore d’artistes.

Présentation

Lors de cette 12ème édition des Pauses-Culture-Recherche, nous avons accueilli Julien Antouly, maître de conférence à l’Université de Rouen Normandie (CUREJ), venu nous présenter son ouvrage “Les conflits de régimes entre la lutte contre le financement du terrorisme et la protection de l’assistance humanitaire”, tiré de sa thèse de doctorat en droit international humanitaire, soutenue en 2024 à l’Université Paris-Nanterre. 

Le secteur humanitaire, victime de la lutte anti-terroriste.

Le secteur humanitaire fait depuis quelques années l’objet d’une insécurité croissante : en 2024, le nombre de travailleurs humanitaires tués sur le terrain a plus que doublé par rapport aux années précédentes. Dans ce contexte, les mesures antiterroristes imposées par le droit international ajoutent une pression supplémentaire sur un secteur déjà fragilisé : paradoxalement, les mesures antiterroristes imposées par les états occidentaux restreignent l’activité des organisations non gouvernementales, alors même que ces dernières comptent parmi les toutes premières victimes du terrorisme, à l’instar des publics qu’elles soutiennent.

La recherche de Julien Antouly s’appuie sur ce paradoxe et examine les impacts financiers, matériels et humains de la mise en œuvre des mesures antiterroristes sur les organisations humanitaires. 

Le Sahel comme contexte de l’étude. 

Motivé par sa volonté de concentrer sa recherche sur un contexte francophone souvent délaissé par une littérature académique majoritairement anglophone, Julien Antouly a dédié sa thèse à la région du Sahel, choix qu’il nous a expliqué comme justifié par le contexte historique et politique unique des pays de cette région. Marqué par la forte présence de groupes armés terroristes, le Sahel a été le “laboratoire” du contre-terrorisme pour la France de 2012 à 2022, qui y a conduit une intervention militaire visant à lutter contre les groupes armés djihadistes présents dans la région. Cette présence a alimenté des tensions entre les Etats occidentaux intervenant dans la région et les institutions locales, aboutissant au retrait des troupes françaises et occidentales suite à la demande des nouvelles autorités issues des coups d’états militaires au début des années 2020. 

Présent au Mali lors de sa recherche, Julien a pu y interroger des acteurs humanitaires sur l’impact des mesures antiterroristes sur leur activité, une approche empirique complétant la méthodologie juridique plus courante dans la discipline du droit international humanitaire. 

Quelles solutions pour le secteur humanitaire?

Si le conflit de normes présenté par Julien Antouly reste complexe à résoudre, ce dernier a souligné des évolutions juridiques majeures facilitatnt le maintien des opérations humanitaires dans des zones affectées par le terrorisme. Inaugurées en 2021 par l’adoption d’une première résolution par le Conseil de Sécurité des Nations Unies suite au retour au pouvoir des Talibans en Afghanistan, les exemptions humanitaires ont permis de garantir une continuité de l’activité humanitaire en permettant aux organisations humanitaires de faire exception aux mesures de lutte contre le financement du terrorisme. Bien qu’encore minoritaires, ces évolutions récentes donnent bon espoir pour la garantie du droit humanitaire.  

L’invité

Julien Antouly est maître de conférences en droit public à l’Université de Rouen Normandie (CUREJ), où il codirige le Master 1 Droit international et européen. Il est l’auteur d’un ouvrage paru en 2026 aux Éditions Mare & Martin, tiré de sa thèse de doctorat et intitulé “Les conflits de régimes entre la lutte contre le financement du terrorisme et la protection de l’assistance humanitaire”. Après avoir étudié principalement les mesures de sanctions antiterroristes et leurs conséquences humanitaires, ses travaux portent désormais sur les réponses européennes aux nouvelles formes de conflictualité (désinformation, ingérence électorale, menaces économiques…).

Il a été ingénieur de projets au sein de l’Institut de recherche pour le développement à Bamako (Mali) et a occupé les fonctions de conseiller juridique dans différentes organisations humanitaires (CICR, NRC), ainsi que de coordinateur de programmes de recherche (Fondation Croix-Rouge française).

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Crédit photo : Camille PY-DERBYSHIRE