Organisation de recherche dédiée à l’action humanitaire et sociale, la Fondation Croix-Rouge française porte la volonté de la Croix-Rouge française de s’engager dans un effort d’analyse des souffrances et des manières d’y répondre, d’anticipation des besoins des populations vulnérables en France et dans les pays en développement, et d’accompagnement de nouveaux modèles opérationnels, de formation et renforcement des capacités. A ce titre, la Fondation a décidé de lancer un appel à candidatures pour une bourse postdoctorale sur les programmes de cash transfer actuellement mis en place au Kenya.

Thématique de recherche

Selon le dernier rapport de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes des Nations Unies (UNISDR) et du Centre de Recherche sur l’Epidémiologie des Catastrophes (CRED), les catastrophes naturelles ont touché 61,7 millions de personnes et en ont tué 10 733 dans le monde en 2018. Ce sont les inondations qui ont affecté le plus grand nombre de personnes, 35,4 millions, et ont causé plus de 2 800 décès. Le rapport note également que 9,3 millions de personnes ont souffert de la sécheresse. Parmi les pays les plus touchés, c’est le Kenya qui arrive en tête dans le rapport (3 millions), devant l’Afghanistan (2,2 millions) et l’Amérique centrale (2,5 millions).

Les effets du changement climatique et des catastrophes qui en découlent sont de plus en plus marqués dans le monde, et entraînent une augmentation des risques sanitaires, des taux de mortalité et de morbidité, ainsi que de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition. Les impacts de ces catastrophes sur la santé sont multiples, qu’ils soient directs (décès, blessures, maladies, santé mentale, etc.) ou indirects (besoins non satisfaits en santé primaire en raison de la demande accrue de soins et de la capacité réduite du système de santé à y faire face). Il en va de même pour les nombreuses menaces que les changements climatiques exacerbent, menaces qui pèsent sur les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire. Les sécheresses, inondations et tempêtes provoquent une baisse des rendements agricoles susceptibles d’accroître la volatilité des prix des denrées de base et de rendre encore plus difficile l’accès des populations à la nourriture. Selon la FAO, 83 % des pertes économiques induites par la sécheresse, soit environ 29 milliards de dollars, ont directement affecté le secteur agricole entre 2005 et 2015. Par ailleurs, le changement climatique expliquerait 60 % des variations des rendements du maïs, du blé, du riz et du soja. Les risques sanitaires et l’insécurité alimentaire sont inextricablement liés : la malnutrition entraine un grand nombre de maladies (pneumonie, diarrhée, paludisme, etc.) et cause 35 % des décès des enfants de moins de cinq ans.

Dans ce contexte, il est essentiel de renforcer la participation du secteur de la santé ainsi que la lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation au changement climatique. Au Kenya, où les défis humanitaires dans ce domaine sont importants, la Croix-Rouge Kenyane (KRC) a mis en place un programme novateur de cash transfer.

Recourir au cash transfer fait partie de l’arsenal courant dans la gestion des situations d’urgence. L’impact de cette approche a été significatif en termes de soutien et de soulagement des souffrances des personnes touchées par les catastrophes.

Le cash transfer comme action préventive est désormais de plus en plus adopté par les organisations humanitaires. A titre d’exemple, le projet « Approche Innovante de Préparation aux Interventions » mis en œuvre par la Croix-Rouge kenyane se concentre sur l’usage du cash transfer dans les situations d’urgence, en particulier en contexte de sécheresse ou d’inondation.

L’objet principal de la recherche sera de déterminer si l’usage du cash transfer avant l’arrivée d’une catastrophe améliore réellement l’anticipation et la résilience des populations concernées, afin de comprendre comment conduire un programme efficace de cash transfer fondé sur les prévisions. Quelles mesures de préparation doivent impérativement être en place en amont des crises, avant de pouvoir envisager la mise en place d’un programme de cash transfer ? Comment faire le lien de façon efficace entre les mesures de préparation et la mise en œuvre concrète des programmes ? Si l’on compare, dans un environnement similaire, les différentes approches possibles, à savoir l’apport en nature, le cash transfer ou le chèque alimentaire, quel est leur impact et efficacité respectifs ?

Remplir cet objectif principal nécessite d’aborder plusieurs autres questions, dont les suivantes :

Il convient d’abord de s’appuyer sur les sciences sociales pour avoir une bonne compréhension des pratiques des bénéficiaires et améliorer l’efficacité des programmes de cash transfer. Quels usages les bénéficiaires font de cet argent ? Quels sont les facteurs qui entravent l’utilisation appropriée de l’argent qu’ils reçoivent ? Dans quelle mesure les différences culturelles, politiques, socio-économiques et géographiques entre les différentes régions du pays ont une incidence sur les programmes de cash transfer, la valeur du transfert et le processus d’encaissement ? Comment ces diversités affectent-elles le ciblage des bénéficiaires et comment élaborer des critères de ciblage pertinents ?

Afin d’éclairer la prise de décision, la mise en place de cash transfer nécessite une collecte et une analyse de données, notamment sur l’utilisation du cash transfer avant une situation d’urgence, permettant d’en tirer des enseignements et d’explorer de nouvelles pratiques en matière d’utilisation du cash transfer. Quelles sont les données pertinentes pour la mise en place d’un cash transfer efficace, en particulier avant une situation d’urgence ? Comment modéliser des données probantes permettant de mesurer les impacts des interventions des programmes de cash transfer via un suivi post-distribution ?

Mettre en place des programmes de cash transfer en période de sécheresse permet d’en réduire les effets, car les ménages peuvent continuer à s’alimenter normalement. En permettant aux ménages d’acheter de la nourriture, les cash transfer ont un impact positif. Il reste cependant à évaluer ce que le cash transfer permet ou peut permettre en matière de résultats nutritionnels dans les cas de malnutrition aigüe. Il faut également évaluer si le cash transfer seul est suffisant pour obtenir les résultats souhaités ou si une combinaison de cash transfer et de dons en nature est nécessaire.

Au-delà de la sécurité alimentaire, quelles activités le cash transfer facilite-t-il ? Par exemple, bien que l’usage du cash transfer permette d’augmenter la consommation alimentaire des ménages, l’eau reste toujours une nécessité, c’est pourquoi les programmes « Eau Hygiène et Assainissement (WASH) » sont clé en période de sécheresse. Peut-on mettre en place ces programmes WASH à travers l’usage du cash transfer ? Plus largement, il est nécessaire de bien comprendre les besoins sanitaires spécifiques en vue d’une utilisation appropriée des cash transfer.

Les programmes de protection sociale mis en place par le gouvernement kenyan pour protéger les ménages des effets de la sécheresse comme le « Hunger Safety Net Programme » représentent d’autres sources importantes d’aide. Il serait intéressant de savoir si l’association de ce programme avec une intervention humanitaire pourrait être profitable à l’ensemble du processus. Dans quelle mesure les acteurs humanitaires pourraient utiliser les systèmes de protection sociale existants pour compléter les indemnités en cas de catastrophe plutôt que de construire un système de protection parallèle ?

La modularité qu’apportent les programmes de cash transfer est un sujet de discussion très prégnant dans le secteur humanitaire actuellement, vu que les bailleurs sont de plus en plus enclins à apporter leur aide via ces programmes. Le besoin de transparence et de redevabilité est central car c’est une question délicate.

Les candidats feront une revue de la littérature existante sur les programmes de cash transfer. Il s’agira notamment de réunir de exemples de programmes de préparation en amont des catastrophes, qui auraient été mis en place dans différents pays, et de lister les outils utilisés pour permettre l’intégration significative des programmes de cash transfer en matière de préparation aux situations d’urgence.

Zone géographique de recherche

  • – Cette thématique sera abordée au Kenya.
  • – La zone ciblée constitue une entrée empirique pour les recherches. Elle ne correspond en aucun cas à la nationalité d’éligibilité du candidat.
  • – L’accès au terrain sera conditionné par une évaluation précise des risques remise lors de la candidature et mise à jour avant le départ.

Bourse postdoctorale

Montant : 10 000 €

Dates clés :

• 8 juillet 2019 : lancement de l’appel
• 31 août : clôture des candidatures
• 24 sept. : annonce des résultats
• 1-15 oct. 2019 : début des recherches
• 1-15 oct. 2020 : rendu des livrables

Mots-clés :

• Résilience
• Risques
• Catastrophes naturelles
• Aléas climatiques
• Prévention
• Cash transfer