Bourses soutenues par la Fondation Crédit Coopératif

La Fondation Croix-Rouge française a décidé de s’associer à la Fondation Crédit Coopératif pour lancer un appel à candidatures pour deux bourses postdoctorales sur la place et l’impact de l’action de l’économie sociale et solidaire en France dans la gestion de la crise migratoire européenne. La Fondation Crédit Coopératif soutient activement la recherche sur et pour l’économie sociale et solidaire (ESS), en s’attachant à établir un pont entre le fruit des travaux de recherche en sciences humaines et sociales et les pratiques des acteurs de l’ESS.

Thématique de recherche

Dans le cadre de l’actuelle « crise migratoire » en Europe, de nombreux besoins sociaux des populations en situation d’exil sont aujourd’hui adressés par des acteurs de l’« économie sociale et solidaire ». Ce secteur regroupe un ensemble de structures qui, quelle que soit leur forme (entrepreneuriat social, coopératives, associations, collectifs citoyens…), reposent sur des valeurs et des principes communs d’utilité sociale, de coopération, d’ancrage local adapté aux nécessités de chaque territoire et de ses habitants, et mènent des activités qui visent à concilier solidarité, partage des performances économiques et utilité sociale pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement. L’insuffisance de réponses publiques trop limitées à « la logique de l’hébergement » et aux solutions d’urgence transitoires a engendré des situations extrêmement précaires, des espaces de relégation et de pauvreté et l’apparition d’une multitude de besoins (logement, nourriture, soins, éducation, emploi, etc.) que des initiatives émanant des acteurs de l’économie sociale et solidaire s’efforcent de satisfaire auprès des migrants.

Ces initiatives visant à pallier à cette « crise de l’accueil » révèlent les forces intrinsèques d’un secteur capable d’expérimenter de nouvelles formes d’organisation, pour mieux impliquer et faire des bénéficiaires des acteurs à part entière de l’aide. Flexibles, elles peuvent permettre à des migrants en quête d’emploi de se muer en entrepreneurs pour à leur tour porter des projets allégeant les souffrances de cette population (Meltingcoop, Manufacture coopérative…). Les facultés d’adaptation de l’ESS à cette problématique sociale complexe s’observent par ailleurs dans la redéfinition du mandat que certaines organisations, initialement non spécialisées dans la gestion de questions humanitaires ou migratoires, ont su opérer pour mieux aider les personnes en situation d’exil dans des domaines comme l’enseignement, le logement ou la culture. Aussi, des dynamiques nouvelles de collaboration entre différents secteurs d’activité permettent de fournir une réponse holistique et transversale aux besoins des personnes migrantes, garantir une intégration économique, sociale et culturelle. Enfin, l’ESS est un espace propice à l’expression et au développement d’initiatives citoyennes et de nouvelles formes de mobilisation collective dans et en dehors du cadre associatif (Forum Réfugiés, ASTI, APICED, ADEM, Auberge des migrants…). Indignés par la situation humanitaire dramatique de ces personnes en exil, et non satisfaits des réponses apportées par l’Etat, de nombreux citoyens ont formé des mouvements de mobilisation, sous des formes et des dynamiques très diverses, afin d’agir en leur faveur.

L’ESS est un acteur économique de poids en France, où il représente 10 % du PIB, près de 12,7 % des emplois privés, compte environ 200 000 entreprises et structures et 2,38 millions de salariés (ADDES). Pourtant, et en dépit de ces multiples initiatives, son rôle et utilité sociale dans le champ des migrations restent globalement insuffisamment reconnus. Encore peu étudiée, on manque de recul sur l’importance de l’action de ce secteur dans ce domaine, et notamment d’indicateurs capables de mesurer les coûts publics et sociaux qu’elle permet d’éviter, alors que l’accueil des personnes migrantes, mission incombant en premier lieu à l’Etat, souffre d’un fort manque de moyens. Aussi les potentialités de certains modèles, comme l’entrepreneuriat coopératif pour les migrants et par les migrants, sont parfois limitées par des difficultés d’acculturation à celui-ci (connotation différente de l’entrepreneuriat dans le pays d’origine, nécessité d’expliquer les règles fiscales, administratives françaises, etc.). Enfin, s’ajoutent à cela des difficultés de capitalisation, d’essaimage et de diffusion des bonnes pratiques des acteurs de l’ESS, au sein de son écosystème et auprès des acteurs publics, qui limitent le passage à l’échelle.

Quelles sont les parcours et profils de ces nouveaux arrivants ? Quelles difficultés engendrent-ils pour les acteurs de l’ESS, notamment en matière d’insertion professionnelle (adéquation entre qualifications et intégration professionnelle, reconnaissance de diplôme, langue, culture, etc.) ? Plus généralement, quels sont les besoins non résolus ou partiellement résolus, les difficultés rencontrées, les domaines et secteurs dans lesquels l’ESS doit agir et innover pour aborder plus efficacement les enjeux liés aux migrations ?

Comment sont perçus cette crise, les migrants, et au-delà le phénomène migratoire en lui-même par les structures de l’ESS ? Par ailleurs, comment cette crise impacte le mandat, la gouvernance et les activités des acteurs de l’ESS qui souhaitent s’adapter aux spécificités de cette problématique afin d’y apporter une réponse adéquate ?

Quels sont la place et le rôle qu’occupent aujourd’hui en France les structures de l’ESS dans la gestion des enjeux liés à la crise migratoire ? Quelles actions sont menées, dans quels domaines, et pour quels résultats pour les populations concernées ? Pour la collectivité, quels « coûts » économiques et sociaux sont évités grâce à l’action des structures de l’ESS ? Comment ces actions se substituent-elles à des initiatives publiques inexistantes ou insuffisantes ?

Comment développer la connaissance et la capitalisation des innovations organisationnelles, techniques ou de modèles économiques mises en place dans le secteur de l’ESS pour répondre aux crises migratoires, et ainsi le passage à l’échelle et l’essaimage de solutions nouvelles et efficaces ? En ce sens, quelles collaborations des structures de l’ESS avec les acteurs de territoires (pouvoirs publics locaux, entreprises, offices HLM…) sont mises en place et pour quelle efficacité ?

Zone géographique de recherche

Cette thématique sera abordée en France métropolitaine.

Le pays ciblé constitue une entrée empirique pour les recherches. Il ne correspond en aucun cas à la nationalité d’éligibilité du candidat.

Bourse postdoctorale

Montant : 17 000 €

Dates clés :

• 6 février 2019 : lancement de l’appel
• 21 mars : clôture des préinscriptions
• 18 avril : clôture des candidatures
• 20 juin : annonce des résultats
• 1er sept. 2019 : début des recherches
• 1er sept. 2020 : rendu des livrables

Mots-clés :

• Crise migratoire
• Accueil des réfugiés
• Economie sociale
• Innovation et entrepreneuriat