Organisation de recherche dédiée à l’action humanitaire et sociale, la Fondation Croix-Rouge française porte la volonté de la Croix-Rouge française de s’engager dans un effort d’analyse des souffrances et des manières d’y répondre, d’anticipation des besoins des populations vulnérables en France et dans les pays en développement, et d’accompagnement de nouveaux modèles opérationnels, de formation et renforcement des capacités. A ce titre, la Fondation a décidé de lancer un appel à candidatures pour une bourse postdoctorale sur la prévention et gestion des risques et catastrophes naturelles.

Thématique de recherche

Selon le World Disasters Report 2018, publié par la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, 3 751 catastrophes naturelles ont été enregistrées dans le monde ces 10 dernières années, dont 84 % étaient des aléas liés aux conditions météorologiques. Durant cette période, le nombre estimatif de personnes touchées par des aléas naturels est de 2 milliards, dont 95 % ont été touchées par des aléas liés aux conditions météorologiques, principalement des inondations (36,7 %) et des tempêtes (17 %). Le coût approximatif des dégâts générés par les catastrophes dans les 141 pays touchés dans le monde ces 10 dernières années s’élève à 1 658 milliards de dollars (US), dont 72,6 % sont imputables aux aléas liés aux conditions météorologiques, les tempêtes représentant à elles seules 41,7 % de ces coûts.

Les bouleversements climatiques et aléas naturels ont des conséquences qui dépassent largement les seuls impacts environnementaux. En 2015, à la veille de la COP21 de Paris, un rapport de la Banque mondiale confirmait par exemple le lien entre climat et pauvreté, un de ses auteurs affirmant que « 100 millions de personnes supplémentaires pourraient être pauvres en 2030 à cause du changement climatique si les politiques de développement adéquates ne sont pas adoptées ». La hausse continue des températures, l’augmentation de la fréquence des événements naturels extrêmes et de la pollution sont autant de facteurs qui, indéniablement, auront un impact sur les économies des pays les plus vulnérables, majoritairement agricoles et donc fortement dépendantes du climat. Aussi, le changement climatique exacerbe les conflits autour des ressources naturelles, obligeant les populations à des migrations forcées, qui par ailleurs tombent dans un vide juridique puisque le statut de réfugié climatique n’existe pas.

Tout cela engendre des crises humanitaires et sanitaires aux causes et modes de gestion spécifiques, et dont la multiplication, selon toute prévision, amènera ONG, États, entreprises, institutions internationales à gérer des volumes d’opération en forte croissance à l’avenir. Ce contexte nouveau conduit les acteurs de la société civile et institutions internationales à repenser leur action dans l’optique d’une transition ou articulation plus poussée avec les objectifs du développement durable, et les pouvoirs publics locaux à opter pour des modes innovants de gestion des risques et des catastrophes (nouveaux mécanismes assurantiels, Disaster Risk Reduction) et de transition énergétique. Il est donc important de s’interroger sur ce que ces bouleversements environnementaux impliquent à la fois en termes de conséquences pour les populations ainsi qu’en termes de conception et de pratique de l’action humanitaire.

Un des défis majeurs est notamment de mieux comprendre et anticiper les conséquences des programmes d’aide actuels et d’y intégrer les perceptions du risque et capacités d’adaptation des populations. En effet, il est communément admis concernant les catastrophes naturelles que si les risques associés sont dus à des aléas peu maîtrisables, leur impact peut être atténué de plusieurs façons, notamment par une bonne préparation de la population. Cette préparation passe tout d’abord par la connaissance du risque et donc sa perception, ce qui nécessite une sensibilisation et une communication efficace, composante essentielle des programmes de réduction des risques de catastrophes dans le milieu humanitaire. Cependant, il est intéressant de constater qu’une population qui a connaissance d’un risque n’adapte pas toujours son comportement pour y faire face.

Comment renforcer la résilience des populations et les capacités de préparation et de réponse aux catastrophes naturelles et crises sanitaires des acteurs de la gestion des risques dans un contexte de changement climatique ? Quelles actions contribuent à réduire la vulnérabilité et améliorer l’adaptation aux aléas météorologiques extrêmes, dans une perspective de durabilité et de résilience pérenne ? Comment les individus perçoivent-ils les risques auxquels ils sont exposés ? Quels sont les paramètres qui influent sur cette perception ? Quelle est la corrélation entre perception des risques et l’adaptation des comportements ? Comment intégrer les composantes socio-culturelles aux programmes de réduction des risques pour augmenter la résilience ?

L’objectif de la recherche sera d’identifier et comprendre les déterminants socioculturels qui influencent les comportements de prévention et de protection face aux risques naturels (avant, pendant et après) et effets prévisibles du changement climatique, afin d’orienter la méthodologie pour la mise en place d’actions de prévention et de permettre aux citoyens de devenir acteurs de leur propre sécurité et de celle de leur entourage.

L’analyse de ces déterminants socioculturels, du niveau de connaissance et des attitudes motivant les comportements et pratiques préventives de la population, devra mener à proposer des recommandations pour élaborer des actions de réduction des risques adaptées au contexte spécifique de l’étude. Basées notamment sur l’analyse des résultats et de l’impact d’activités de prévention actuelles et passées sur les comportements de la population, ces recommandations pourront porter par exemple sur l’élaboration d’outils/supports de sensibilisation et de préparation aux risques de catastrophes naturelles et effets prévisibles du changement climatique, ou sur les messages clés de sensibilisation et de préparation à ces risques.

Enfin, sur la base des résultats de la recherche et des travaux existants sur le sujet, il est attendu une réflexion plus générale sur la résilience, et ce que cela signifie concrètement d’améliorer la résilience des populations face aux risques de catastrophes naturelles. La résilience pose aujourd’hui un enjeu sociétal majeur. Horizon extrêmement prometteur, c’est un terme qui, même s’il est flou, permet de faire avancer les politiques publiques, privées, nationales, internationales, locales. Mais c’est aussi un terme qui doit être manipulé avec beaucoup de précautions parce qu’il prend des sens très différents selon les acteurs concernés et ne doit pas conduire à une inégale répartition des responsabilités voire à une déresponsabilisation des acteurs privés et publics au détriment des populations. Cette résilience reste aujourd’hui incantatoire, est très difficile à opérationnaliser et pose de nombreuses questions éthiques, idéologiques, politiques, au sens fort du terme, telles que :

  1. Qui dit, pour une société ou pour un individu, ce qui est meilleur, quel est l’état vers lequel il doit tendre ?
  2. A quelle échelle va-t-on travailler, vers qui va-t-on destiner les politiques visant à construire la résilience des individus ?
  3. Quel coût social de l’adaptation transformationnelle, car ce sont souvent les populations les plus pauvres et les plus démunies qui sont frappées par les coûts de cette adaptation ?

Zones géographiques de recherche

Ce thème pourra être abordé dans une zone géographique comportant une ou plusieurs régions. La Fondation a identifié pour cet appel huit zones prioritaires :

Guadeloupe

Nouvelle Calédonie

Guyane

Polynésie française

Martinique

Réunion

Mayotte

Saint-Martin

Les zones ciblées constituent une entrée empirique pour les recherches. Ils ne correspondent en aucun cas aux nationalités d’éligibilité du candidat.

L’accès au terrain sera conditionné par une évaluation précise des risques remise lors de la candidature et mise à jour avant le départ.

Bourse postdoctorale

Montant : 17 000 €

Dates clés :

• 11 avril 2019 : lancement de l’appel
• 3 juin : clôture des candidatures
• 20 juin : annonce des résultats
• 1er sept. 2019 : début des recherches
• 1er sept. 2020 : rendu des livrables

Mots-clés :

• Résilience 
• Risques
• Catastrophes naturelles
• Aléas climatiques
• Prévention 
• Adaptation 
• Déterminants socioculturels