Comment faire en sorte que les résultats d’une recherche ne restent pas uniquement dans des rapports, mais deviennent des leviers d’action pour les acteurs de terrain et les décideurs ? C’est tout l’objectif de la méthode APRIS (Atelier Post-Recherche et Innovation Sociale) développée par la Fondation Croix-Rouge française qui vise à valoriser le lien entre recherche et société et à renforcer le rôle de la Fondation comme passeur de savoirs.
Les 23 et 24 juin, la Fondation a organisé un nouvel atelier APRIS à Yaoundé, au siège de la Croix-Rouge camerounaise. Cet atelier, organisé en partenariat avec la Croix-Rouge française et la Croix-Rouge Camerounaise portait sur les pratiques endogènes de santé et la résilience des communautés face aux inondations dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Il a réuni 24 acteurs : chercheurs universitaires, responsables de la Croix-Rouge camerounaise et française ainsi que des cadres d’institutions publiques et d’ONG spécialisées dans la gestion des catastrophes, le climat, la protection civile et la sécurité alimentaire.
Cette démarche d’intelligence collective a permis de co-construire trois feuilles de route prioritaires : la mise en place d’une communication communautaire inclusive pour la prévention des risques d’inondation, la création d’un catalogue des savoirs endogènes destiné à devenir un outil de référence pour la programmation humanitaire, et une alliance climat associant acteurs institutionnels, communautés et monde académique. Ces orientations seront précisées et adaptées par les parties prenantes dans les mois qui viennent, avec un suivi assuré par la Fondation.

Des inondations récurrentes, un territoire sous tension
L’Extrême-Nord du Cameroun, situé dans la zone sahélienne, est exposé à des inondations récurrentes du fleuve Logone et du lac Maga, avec une période de retour moyenne de cinq ans. Entre 2012 et 2024, la région a enregistré 168 décès, plus d’1,1 million de personnes touchées et plus de 653 000 habitations détruites, les départements du Logone-et-Chari et du Mayo Danai étant parmi les plus exposés. Ces catastrophes s’accompagnent d’une reconfiguration saisonnière des risques sanitaires, qui touchent en priorité les enfants, les personnes âgées et les groupes dépendant des ressources naturelles.

Menée par Markus Bakaira, docteur en géographie de l’environnement et enseignant-chercheur à l’Université de Ngaoundéré, et financée par la Fondation S, cette recherche documente les savoirs endogènes mobilisés par les communautés face aux risques d’inondation : pharmacopée traditionnelle, gestion locale de l’eau, systèmes d’alerte précoce fondés sur l’observation de la nature, pratiques préventives d’aménagement, et mécanismes de solidarité communautaire.
Une recherche de terrain : enseignements et perspectives

Ces savoirs, aussi riches soient-ils, s’inscrivent dans un contexte de fragilisation progressive et restent insuffisamment articulés aux dispositifs institutionnels de gestion des risques portés par la Croix-Rouge camerounaise, à l’image du Protocole d’Action Précoce (PAP). L’atelier APRIS a permis d’ouvrir ce dialogue entre chercheurs et acteurs de terrain, afin d’identifier collectivement les moyens de mieux reconnaître et intégrer ces pratiques dans les programmes existants.
Plus largement, cette recherche invite à repenser les stratégies de prévention et de réponse aux catastrophes en s’appuyant sur une connaissance fine des dynamiques environnementales locales et sur des mécanismes de solidarité éprouvés au sein des communautés, pour construire des réponses plus durables, inclusives et adaptées aux réalités socio-écologiques de l’Extrême-Nord du Cameroun.
Pour aller plus loin
Consultez la recherche du géographe Markus Bakaira
Consultez la page nos actions pour en savoir plus sur a méthode APRIS




