Comment faire en sorte que les résultats d’une recherche ne restent pas uniquement dans des rapports, mais deviennent des leviers d’action pour les acteurs de terrain et les décideurs ? C’est tout l’objectif de la méthode APRIS (Atelier Post-Recherche et Innovation Sociale) développée par la Fondation Croix-Rouge française qui vise à valoriser le lien entre recherche et société et à renforcer le rôle de la Fondation comme passeur de savoirs.
Début mars, la Fondation a organisé un nouvel atelier APRIS au Campus Croix-Rouge, le 6e depuis le lancement de la méthode en 2023. Animé par deux chercheuses de la Fondation, Camille Raillon et Louise Baumann, cet atelier portait sur le Repair’Lab humanitaire de la Croix-Rouge française, un dispositifdispositif mobile qui va à la rencontre de personnes en situation d’exil vivant dans des conditions précaires pour leur proposer de réparer leurs objets du quotidien. L’atelier a réuni une vingtaine d’acteurs de la Croix-Rouge française, dont les personnes impliquées dans la mise en oeuvre du dispositif, les responsables du programme national migration, les psychologues en charge du programme santé mentale et des représentants de Croix-Rouge insertion.
Cette démarche d’intelligence collective a permis de co-construire quatre feuilles de route prioritaires concernant le renforcement des compétences techniques et d’ accompagnement en santé mentale des bénévoles, l’ancrage du Repair’Lab dans des lieux fixes, la structuration de stratégies de financement et d’évaluation, et le développement d’indicateurs d’impacts psychosociaux. Ces orientations proposent des perspectives d’évolution du dispositif qui seront précisées et adaptées tout au long de l’année afin d’en faciliter un déploiement à plus large échelle.
Le Repair’Lab humanitaire : de l’expérminentation à l’analyse scientifique
Le Repair’Lab humanitaire expérimenté dès 2023 à Montpellier par la Croix-Rouge française et porté par Louise Brosset, est un dispositif mobile qui va à la rencontre de personnes en situation d’exil vivant dans des conditions précaires. Il offre un espace convivial dédié à la réparation d’objets du quotidien, souvent endommagés au fil du parcours migratoire ou du fait des conditions de vie difficiles des participants. Au-delà de la réponse matérielle, ce dispositif vise à restaurer l’autonomie, encourager l’initiative et offrir un temps de répit dans des parcours marqués par l’incertitude.
Dans le cadre du Plan Migration 2030 de la Croix-Rouge française, un programme de recherche soutenu par la Fondation Croix-Rouge française a été lancé dès la phase de conception du dispositif afin d’en analyser ses impacts, notamment en tant que levier d’action psychosociale et d’inclusion.
Une recherche de terrain : enseignements et perspectives
Menée par Jérémie Grojnowski, docteur en anthropologie visuelle, cette étude qualitative repose sur des observations filmées et des entretiens réalisés au plus près du terrain. Elle explore le Repair’Lab comme espace d’accompagnement alternatif fondé sur le “faire ensemble”.
Les résultats de l’étude montrent une grande diversité de modes de participation : certains s’impliquent activement, d’autres observent ou participent ponctuellement, révélant une approche souple adaptée aux fragilités et aux temporalités individuelles. Les bénéfices identifiés sont multiples. Sur le plan économique, le dispositif favorise le réemploi et limite les dépenses contraintes. Sur le plan social, il crée du lien et renforce le sentiment d’appartenance. Sur le plan psychologique, il soutient l’estime de soi et redonne aux personnes leur capacité d’agir pleinement.
Plus largement, cette recherche invite à repenser les formes classiques d’accompagnement social en intégrant des approches participatives, concrètes et non prescriptives. Le Repair’Lab humanitaire s’inscrit ainsi comme une initiative innovante, venant compléter les dispositifs existants de la Croix-Rouge française en matière d’inclusion et d’accompagnement psychosocial
Pour aller plus loin
- Consultez la recherche de l’anthropologue Jérémie Grojnowski
- Lisez l’interview de Jérémie Grojnowski, le chercheur
- Lisez l’interview de Louise Brosset, la responsable du dispositif
Crédit photos : ©Camille Raillon




